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Anne de Bretagne. Des funérailles d’un faste à peine croyable

Au sixième jour de sa mort, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Photo DR

Le Télégramme, 12 novembre 2017

par Erwan Chartier Le Floch

Épuisée par les grossesses et les drames, Anne de Bretagne s’éteint le 9 janvier 1514. Ses funérailles durent trente-neuf jours et demeurent parmi les plus grandioses et les plus coûteuses des souverains français.

En ce début d’année 1514, la reine de France se meurt, épuisée par une quinzaine de grossesses en vingt ans. Seules deux de ses enfants, Claude et Renée, ont survécu. Son mari, Louis XII, est absent. Il est allé combattre les Anglais et Maximilien d’Autriche dans le nord du royaume, après avoir été expulsé d’Italie. Un véritable lien d’affection unit cependant la duchesse souveraine de Bretagne, deux fois reine de France, et Louis d’Orléans qui a d’ailleurs combattu en 1487, à Saint-Aubin-du-Cormier, dans l’armée du duc François II contre les Français.

Embaumement royal 

Anne de Bretagne décède le 9 janvier, vers 6 heures du matin, dans la chambre du donjon de Blois, alors résidence des souverains français. Ses obsèques vont durer trente-neuf jours. Dans une étude monumentale, Jacques Santrot a étudié cet événement politique, symbolique et culturel sans précédent. Nous disposons de nombreux documents sur ces obsèques qui restent exceptionnelles par leur coût, sans doute l’un des plus importants de l’Histoire de France, c’est-à-dire entre 44.000 et 60.000 livres de l’époque. La principale dépense concerne les bougies et les cierges. Pour Anne de Bretagne, on brûle, en effet, des tonnes de cire…

Après son trépas, la reine est soumise à une toilette mortuaire et aux différentes étapes de son embaumement. La dépouille est ainsi éviscérée et plusieurs organes, parmi ceux les plus rapidement dégradables, sont prélevés. Conformément au souhait d’Anne, le cœur est également mis à part, afin qu’il soit rapporté à Nantes.

Au sixième jour, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Pendant plusieurs jours, tous les grands du royaume viennent lui rendre hommage. Ce n’est que le 17 janvier que le corps de la reine est placé dans son cercueil de plomb, afin que sa dépouille soit transférée jusqu’à la nécropole royale de Saint-Denis. Plusieurs centaines d’offices religieux sont donnés pendant 74 jours. Selon Jacques Santrot, « cette inflation de messes est due à la hantise du salut individuel et à une croyance de plus en plus forte au purgatoire ».

Cortège impressionnant

Le 18 janvier, près de 1.700 pleurants accompagnent Anne de Bretagne jusqu’à la collégiale Saint-Sauveur de Blois, suivis des grands du royaume et des officiers de la reine. Le cortège qui s’ébranle ensuite vers Paris est grandiose, avec un absent de marque, le roi. Malgré son attachement réel à son épouse, comme ses prédécesseurs depuis le XIV<md+>e siècle, il ne peut plus assister à des obsèques afin de protéger son intégrité physique. </md+>

<md+>Tout au long du parcours, les officiers bretons sont particulièrement mis en valeur. Il s’agit d’un acte politique et symbolique, afin de consolider le processus d’union du duché au royaume. D’autant que cette union est loin d’être acquise en cas de remariage du roi et de naissance d’un héritier mâle. Les Anglais ne s’y tromperont pas en envoyant une jeune et fougueuse princesse épouser Louis XII, mais ce dernier décède avant de lui donner un enfant… </md+>

<md+>Le convoi mortuaire d’Anne de Bretagne quitte Blois et remonte vers le nord. Chaque soir, des cités l’accueillent, à leurs frais. Les cérémonies les plus fastueuses ont lieu le 14 février, lorsque la dépouille royale entre dans Paris et fait une station à Notre-Dame. Entre 12 et 13.000 personnes se pressent sur le trajet. Le 16 janvier, Anne de Bretagne arrive enfin à Saint-Denis, dans la nécropole des rois de France. Par la suite, son gendre, François I>r, fera réaliser un tombeau monumental en son honneur et celui de Louis XII.

Ces funérailles exceptionnelles, leur faste et leur symbolique illustrent la volonté de la couronne française de favoriser le processus d’annexion d’une principauté alors prospère, dont l’importante flotte maritime allait constituer un atout certain. Quant à Anne de Bretagne, elle devient désormais l’un des grands personnages de l’Histoire de France.

À lire

 « Les doubles funérailles d’Anne de Bretagne, le corps et le cœur » (janvier-mars 1514) Jacques Santrot, Droz, Genève. 

– «Toute l’Histoire de Bretagne», Skol Vreizh, Morlaix, 2012. Jean Kerhervé,

– « L’État breton aux XIVe et XVe siècles. Les ducs, l’argent et les hommes », Maloine, Paris, 1987.

Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes. Photo DR

Son cœur à Nantes

Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes, «en son pays et duché de Bretagne». Cette partition du corps n’a rien d’exceptionnel à l’époque chez les princes. Il permet au contraire de multiplier les pratiques funéraires et donc, de rehausser le prestige du défunt. Pour accueillir la relique royale, deux orfèvres de Blois, Pierre Mangot et François Jacques réalisent un petit chef-d’œuvre artistique en moins de quinze jours. Ce « vaisseau d’or » constitue encore aujourd’hui l’une des pièces principales des collections du musée Dobrée à Nantes.

Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Plusieurs cérémonies sont organisées dans la capitale du duché, sans le faste de celles de Paris et Saint-Denis. Puis le cœur est placé dans le tombeau des parents d’Anne, François II et Marguerite de Foix, l’un des plus beaux monuments de la Renaissance bretonne, aujourd’hui visible dans la cathédrale de Nantes.

Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Photo DR

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Année Anne de Bretagne 2014, le DVD.

Ce samedi 4 novembre au cinéma de Blain, était présenté le dvd Anne de Bretagne 2014 devant 120 représentants des associations ayant été parties prenantes durant l’Année Anne de Bretagne.

D’une durée de 90 minutes, le DVD réalisé par Rémi et Nicolas Valais retrace l’Année Anne de Bretagne 2014 à travers une quarantaine d’événements dans les 5 départements bretons. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir de nombreux sites et histoires liés à la mémoire de la dernière Duchesse souveraine de Bretagne.

Version en français, version en breton, bonus comprenant des extraits de l’opéra Anne de Bretagne d’Alan Simon.

Le DVD, 20 € à commander auprès de RV production, 34 La Burdais, 44530 Guenrouet
Tél : 02 40 00 18 92
Port : 06 83 04 34 69
Mail : contact@remivalais-production.com

Présentation du DVD, réalisé par Rémi et Nicolas Valais (assis à droite), en compagnie des membres du Comité Anne de Bretagne et du maire Jean-Michel Buf (debout à droite). | Photo Ouest-France

Classique au Large. Un bel hommage à Anne de Bretagne

Ouest-France, Saint-Malo, 2 mai 2014

L'ensemble Doulce mémoire a été grandement ovationné à la fin du concert

Jeudi soir, à la cathédrale Saint-Vincent, l’ensemble Doulce mémoire a rejoué les funérailles d’Anne de Bretagne. Un beau voyage dans le temps pour le public venu nombreux

À la fin du spectacle, le public s’est levé pour applaudir l’ensemble Doulce mémoire. Et pour cause, les musiciens ont magnifiquement réinterprété les funérailles d’Anne de Bretagne. On s’y croyait.

Cornet à bouquin, doulçaines, sacqueboute… Comme il y a 500 ans, au château de Blois, les instruments traditionnels se sont fait entendre. Sur lesquels se sont posées les voix des chantres de Bretagne, et celle du peuple breton incarnée par Yann-Fanch Kemener.

Entre les chants – Agnus DeiStabat materAnnaig ar Glaz, etc – Philippe Vallepin a récité des textes contant les obsèques de celle qui fût deux fois Reine de France et Duchesse de Bretagne.

« C’était touchant de revivre une autre époque l’espace d’un concert, témoigne Michel, venu de Dinan, encore sous le coup de l’émotion. D’autant que je ne savais pas que l’on fêtait les 500 ans de la mort d’Anne de Bretagne ».

(….)

Jeudi 1er mai à Saint-Malo, concert « Les Funérailles d’Anne de Bretagne »

Classiqueaularge

Jeudi 1er mai, à 20h30, concert « Les Funérailles d’Anne de Bretagne » en la cathédrale de Saint-Malo qui comprendra la totalité du service funèbre tel qu’il a été donné pour les funérailles d’Anne de Bretagne, notamment avec la musique d’Antoine de Févin, , avec des récits et les discours qui ont été tenus lors de cette cérémonie en 1514, et avec – en supplément – les gwerzioù qui seront chantées par Yann-Fañch Kemener, intercalés entre les différents morceaux du « Requiem » d’Antoine de Févin. (organisateur Classique au Large – Ville de St Malo).

Voir le site.

Autour du reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne, une nouvelle exposition au château des Ducs de Bretagne à Nantes.

C’est le vendredi 11 avril qu’a eu lieu l’inauguration de la nouvelle exposition temporaire du château des Ducs de Bretagne à Nantes consacrée aux funérailles d’Anne de Bretagne . (1)

En présence de représentants du Conseil général de Loire-Atlantique et du monde culturel nantais et breton, Stéphane Junique, maire-adjoint de Nantes en charge du patrimoine, a présenté cette nouvelle exposition en insistant sur l’importance d’Anne de Bretagne pour les Nantais. (2)

Pièce maîtresse de l’exposition, le reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne attire tout de suite l’attention des visiteurs dès que l’on entre dans la salle. Sont aussi présentés des manuscrits racontant les funérailles d’Anne et divers objets en lien avec l’histoire de la dernière duchesse souveraine de Bretagne.

Exposition à ne pas manquer et à visiter jusqu’au 18 mai.

Par ailleurs, Nantes Tourisme a édité un document très bien fait dans la série « Laissez vous conter Nantes » sur le thème d’An ne de Bretagne . Disponible en PDF ici.

(1) Voir le site du château des Ducs de Bretagne à Nantes.

(2) Vu l’importance historique et symbolique de cette exposition, on peut quand même s’étonner de cette inauguration pour le moins discrète et quasi en catimini……

Le samedi 5 avril à Nantes, Musiques pour les funérailles d’Anne de Bretagne

annedebretagneFunéraillesconcert

Il y a 500 ans, le 9 janvier 1514, Anne de Bretagne décédait au château de Blois. Le cérémonial organisé pour ses obsèques, véritable mise en scène du pouvoir royal achève la construction d’un mythe, celui d’une Reine garante de la paix et de l’union de la France et de la Bretagne.

Doulce Mémoire évoquera l’une des toutes premières cérémonies royales qui offre à une Reine tous les fastes et l’apparat ritualisé d’obsèques grandioses. La musique, vecteur essentiel de l’émotion de cette grande liturgie apparaîtra sous trois formes distinctes : le grégorien de l’Office des Matines des Défunts, la polyphonie savante du Requiem et des motets et enfin la monodie de la Gwerz traditionnelle, interprétée par le grand artiste breton Yann-Fañch Kemener.
A la voix des chantres de la Chapelle d’Anne de Bretagne, Reine de France, répondra la voix du peuple breton incarnée par Yann-Fañch Kemener.
Coproduction Printemps des Arts de Nantes
Création Abbaye de Fontevraud 

Yann-Fañch Kemener,gwerzioù (chant breton)
Paulin Bündgen, alto
Hugues Primard, ténor
Vincent Bouchot, ténor
Marc Busnel, baryton
Philippe Roche, basse

Philippe Vallepin, récitant

Eva Godard, cornet à bouquin, flûtes
Elsa Frank, doulçaines, flûtes
Jérémie Papasergio, doulçaines, flûtes
Franck Poitrineau, sacqueboute
Denis Raisin Dadre, doulçaines, flûtes et direction

Informations pratiques

À 20h30
À la cathédrale de Nantes
Tarif plein : 25 € / tarif réduit : 20 € (étudiants, scolaires, demandeurs d’emploi)
Réservation en ligne ou à l’accueil du musée du Château des Ducs de Bretagne à Nantes

« Les funérailles d’une reine. Anne de Bretagne (1514) » à paraître en Belgique en avril 2014 aux éditions Brepols

ABP, le 18 mars 2014

Article de Maryvonne Cadiou.

AnnedeBretagnefunérailles

Turnhout (Belgique)—Une nouvelle publication sur Anne de Bretagne concernant ses funérailles est prévue pour avril prochain.

Ce périodique, car c’en est un – Pecia, Le Livre et l’écrit – n’apparaît pas dans le PDF (voir ci-dessous) des titres à venir au printemps 2014. Aussi, est-ce grâce à l’amabilité de Christophe Lebbe (1) des éditions Brepols (1bis) à Turnhout (2) en Belgique néerlandaise, qu’Agence Bretagne Presse est en mesure de présenter en avant-première la couverture de la revue à venir très bientôt et son prix : 77,38 euros (73 euros hors-taxe).

Le complément du titre nous promet qu’il contiendra Textes, images et manuscrits.
Brepols écrivait aussi : “Nous aurons le plaisir d’associer à cette publication les noms de Michael Jones, le plus Breton des Gallois, éminent connnoisseur de la Bretagne médiévale, et mesdames Cynthia J. Brown (University of California) auteur de l’ouvrage récent The Queen’s Library. Image-Making at the Court of Anne of Brittany, 1477-1514 et Elizabeth A. R. Brown, professeure émérite d’histoire au Brooklyn College de New York, dont les travaux sur la royauté capétienne et dans bien d’autres domaines font aujourd’hui référence”.

Texte de la quatrième de couverture

Après l’exergue en couverture : « Qu’il mecte ma povre ame en celeste lumière », découvrons le texte au dos :
S’il y avait un personnage de l’imaginaire des Bretons authentiques à préserver, Anne de Bretagne serait indéniablement plebiscitée, tant son nom résonne encore aux confins de la terre armorique, là où elle voulut que son coeur repose pour l’éternité. Entre mythe et histoire, entre Bretagne et France, entre reine et roi, Anne continue d’incarner un exceptionnel destin, trait d’union avec l’ancien État médiéval breton.

Auteurs

La préface est de l’historien gallois Michael Jones (3), bien connu en Bretagne pour ses immenses travaux sur les Chartes des ducs de Bretagne [Voir ABP 8542] . Il a été décoré de l’Ordre de l’Hermine (4) en 2002 à Lannion par l’Institut culturel de Bretagne (5).
Les textes sont de deux femmes et d’un homme :
– Cynthia J. Brown (6) est professeure de français à l’Université de Californie à Santa Barbara ;
– Elizabeth A. R. Brown (7) Voir le site ;
– Jean-Luc Deuffic (8), un Breton de Daoulas, historien médiéviste, est directeur de la collection périodique Pecia, le livre et l’écrit des éditions Brepols.

Sommaire

– Note éditoriale (Jean-Luc Deuffic) ;
– Introduction (Michael Jones) ;
– Pierre Choque : Commemoracion et advertissement de la mort d’Anne de Bretagne (Jean-Luc Deuffic) ;
– Le trespas de l’hermine regrettee : a critical edition (Cynthia J. Brown et Elizabeth A. R. Brown) ;
– L’ordre qui fut tenue a l’obseque et funeraille de feue tresexcellente & tresdebonnaire princesse Anne par la grace de Dieu royne de France, duchesse de Bretaigne, tant aux eglises que au chemin depuis Bloyz iusques a l’abbaye de Sainct Denis en France : a critical edition (Cynthia J. Brown et Elizabeth A. R. Brown) ;
– Épitaphes et autres textes sur le trépas de la reine Anne de Bretagne (Jean-Luc Deuffic) ;
– Annexe : Une épitaphe inédite du duc de Bretagne François II († 1488) (Jean-Luc Deuffic) ;
– Participants aux funérailles de la reine Anne de Bretagne (Jean-Luc Deuffic) ;
– Le coeur d’Anne de Bretagne ;
– Le parcours du cortège funéraire d’Anne de Bretagne de Blois à Saint-Denis (carte)
– Tableau des manuscrits analysés ;
– Bibliographie.

(….)

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