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Après l’incendie, quel futur pour les vitraux de la Cathédrale de Nantes? Le point de vue de Philippe Le Burgue

Expert en Art auprès de la Cour d’appel de Paris, Philippe Le Burgue donne son point de vue sur le devenir probable des vitraux du 15e siècle, disparus dans l’incendie de la Cathédrale bretonne à Nantes.

Pour mémoire, l’Institut Culturel de Bretagne a lancé un appel aux dons pour obtenir la reconstruction des vitraux .

Livre. Anne de Bretagne, bien plus qu’une duchesse

Claire L’Hoër, historienne, autrice de « Anne de Bretagne »
Photo: Thomas Bregardis / Ouest-France

Ouest-France, 26 juillet 2020

par Didier Gourin

L’historienne Claire L’Hoër raconte la vie quotidienne d’Anne de Bretagne et souligne combien la duchesse qui devint reine de France joua un rôle politique important. Au-delà des images un peu convenues, et des clichés sur la « duchesse en sabots ».

L’historienne Claire L’Hoër évoque le destin et le rôle historique d’Anne de Bretagne, duchesse et reine de France à deux reprises en épousant Charles VIII et Louis XII.

Qu’est ce qui vous a incité à explorer ainsi la vie d’Anne de Bretagne ?

Je donne des conférences sur l’histoire de la Bretagne, et l’une d’elles est consacrée à Anne de Bretagne. Elle rassemble le public le plus nombreux. Le personnage attire, et, à la fin des conférences, on me pose toujours beaucoup de questions sur elle. Cela a suscité chez moi de la curiosité pour aller au-delà du personnage un peu convenu pour savoir qu’elle était la vie, au quotidien, d’une femme à la fin du XVe siècle qui se retrouve dans une situation politique difficile et délicate avec des problèmes de femmes à gérer, comme des maternités. On a beaucoup de documents à son sujet sur ce qu’elle possédait comme objets, ses vêtements. Elle est plus connue que ses deux maris, Charles VIII et Louis XII.

Justement, quelles questions vous pose-t-on à l’issue de vos conférences ?

Par exemple, la comparaison entre ses deux maris, étaient-ce des bons mariages ? On dispose des témoignages d’ambassadeurs étrangers qui observent ces couples. On les voit dans des bals, à la chasse. On me parle aussi de ses costumes et des couleurs de ses vêtements. Elle est souvent vêtue de jaune, qui symbolise l’or, et de rouge lorsque l’on observe tous ses portraits. Ils sont aussi ponctués de noir et de blanc. Elle mixte les couleurs de la Bretagne, et celles du pouvoir.

Au-delà de son rôle politique, pourquoi racontez-vous aussi sa vie quotidienne ?

C’est ce que je souhaitais faire en fonction des différentes étapes de sa vie, et des rôles qu’elle doit endosser, comme héritière, duchesse, et puis comme reine de France à deux reprises pour raconter les devoirs qui lui incombent, comment elle doit s’en sortir au quotidien et les solutions qu’elle trouve.

Vous évoquez ses lectures, sa bibliothèque ?

Elle a laissé des manuscrits exceptionnels qu’elle avait commandés. Parmi ces textes, il y a une vie des femmes illustres. Anne de Bretagne commande un ouvrage qui raconte la vie des femmes dans l’Histoire, comme Jeanne d’Arc. Il y a une volonté politique de mettre en avant le rôle des femmes. Quand elle commande un livre, elle se fait aussi représenter, sous forme de miniature. Elle travaille sa communication, comme on dirait aujourd’hui. Elle fait appel aux meilleurs artistes. Elle a conscience que son image va lui servir. Visiblement, elle aime la fréquentation des livres. Elle est cultivée. Elle sait lire le latin, ce qui lui sert. Elle n’a pas besoin qu’on lui traduise, contrairement à beaucoup de souverains.

C’est une femme politique qui est bien plus que la duchesse de Bretagne ?

C’est une femme politique qui compte en Europe et ne se contente pas de faire de la figuration. Dès qu’elle a un espace pour prendre des décisions, elle le fait, beaucoup plus durant son second mariage que pendant le premier où elle a des ennemis à la cour. Durant ce second mariage, elle est quand même régente de France, ce qui veut dire qu’elle gouverne. C’est une figure politique car elle a des liens directs avec de nombreux souverains européens, comme avec le Pape avec lequel elle échange une correspondance, les souverains espagnols. Dans les grandes cérémonies, elle ne se tient pas en retrait du roi en attendant que les choses se passent. Elle a une politique de fiançailles et de mariages qui est très active. Elle essaie de placer dans les grandes familles européennes des jeunes filles des familles bretonnes. La reine de Hongrie sera une Bretonne.

Comment a pu se traduire cette influence politique ?

Il y a des actions concrètes, car Anne de Bretagne est une femme concrète. Elle exerce le pouvoir sur le terrain. Quand elle se trouve à Lyon parce que son époux Louis XII est parti faire la guerre en Italie, non seulement elle gouverne le royaume de France mais elle regarde si Lyon est bien administrée. Elle se rend compte qu’une partie des impôts qui doivent servir à l’entretien des berges du Rhône et de la Saône est détournée. Elle les fait revenir à leur destination initiale car, pour elle, il est très important que cette ville soit prospère. Pendant le temps des campagnes d’Italie, c’est là qu’est installée la capitale royale. Il faut que le commerce fonctionne et ne pas laisser l’argent s’évaporer. Elle se renseigne, fait enquêter et elle prend des décisions. Elle a un sens des finances. C’est assez rare car peu de souveraines sont alors confrontées à des problèmes financiers. Mais très jeune, il avait fallu qu’elle finance la guerre dans son duché. Elle sait que l’impôt doit être bien utilisé.

Et pourtant, les sentiments à l’égard d’Anne de Bretagne sont mitigés. Pour certains, elle a trahi la Bretagne avec cette union avec la France ?

Pour elle, devenir reine d’un royaume très important en Europe était plus important que de rester duchesse. Néanmoins, elle a mené sa barque du mieux qu’elle a pu dans les circonstances qui lui étaient données. Il ne faut pas lire les choses a posteriori mais essayer de se mettre à sa place, à la fin du XVe siècle, à côté d’elle. Elle est une fille et, en théorie, elle ne peut même pas hériter du duché. C’est un garçon qui doit devenir duc de Bretagne. Elle a 11 ans, et elle est orpheline. À ce moment-là, ce qui aurait été très simple pour elle, c’était de se remettre entre les mains du roi de France. C’était la logique et ce que tout le monde pensait : la fille du duc va être mariée par le roi de France à un souverain quelconque et le roi de France va mettre la main sur la Bretagne. Que décide-t-elle ? Elle continue la guerre que son père a commencée. C’est tout à fait étonnant. Il n’y a pas beaucoup d’exemples dans l’histoire d’une fillette qui a potentiellement une dot énorme et décide de faire la guerre. C’est un personnage courageux, complexe et qui a envie d’en découdre. Durant ces trois années et demie de guerre avec la France, et les Anglais qui sont sur les côtes et mettent la main à la première occasion sur les ports bretons, elle est confrontée au manque d’argent, au ravage de ses terres avec des gens qui vivent dans les bois. Mais elle a un duché et tant qu’elle peut faire rentrer les impôts, avec une administration, pour financer cette guerre, elle peut tenir. Mais combien de temps ? Elle essaie d’être en position de force pour négocier quelque chose qui serait avantageux pour elle et sa Bretagne. Elle mène donc la guerre le plus longtemps possible. Sa première option n’est pas d’épouser le roi de France mais Maximilien, l’empereur d’Autriche, pour prendre la France en tenaille. Il fallait oser.

Et elle se dit qu’il est alors préférable de faire la paix avec le roi de France ?

Dans les deux camps, des conseillers sont favorables à ce mariage avec le roi de France. Pour Anne, l’intérêt est de rétablir la paix dans son duché. Et pour ses finances, elle arrive un peu au bout de ses ressources. Elle a emprunté de très grosses sommes, ses bijoux ont été vendus. La seule manière d’en sortir par le haut, c’est de devenir reine de France.

Grande question, a-t-elle trahi les Bretons en se mariant avec le roi de France ?

Nous, on connaît la suite. Et il faut faire attention. À l’époque, on ne sait pas. La Bretagne, par rapport à la France, c’est un peu comme le Portugal par rapport à l’Espagne, avec une seule frontière terrestre et une grande façade maritime. Le Portugal est resté finalement indépendant. Le pari qu’a fait Anne, c’est celui du deuxième héritier. C’est le deuxième enfant qui doit avoir la couronne de Bretagne. Et son grand drame, c’est de ne jamais avoir donné deux fils à aucun de ses époux. Et s’il y a une erreur de sa part, c’est de ne pas avoir élevé sa fille Claude dans l’idée qu’il fallait que la Bretagne garde son indépendance. Elle n’a pas élevé sa fille comme elle l’avait été. On lui avait bien expliqué qu’il y avait une nation bretonne, une frontière, une souveraineté et une monnaie et une couronne bretonnes. Comment n’a-t-elle jamais expliqué cela à sa fille Claude ? Mais je ne parle pas de trahison. Elle a essayé de reculer autant que possible le rattachement. Si elle avait eu deux fils, ce rattachement n’aurait pas eu lieu. Elle s’est battue avec les armes qu’elle avait dans le contexte qui était le sien. Elle a tenté de reculer le plus possible le moment où la Bretagne serait rattachée à la France.

Et cette guerre doit bien s’arrêter un jour ?

Un pays en état de guerre depuis 30 ou 40 ans n’est plus en état de soutenir quoi que ce soit. La paix apparaît quand même comme un bienfait.

Comment expliquer cette place qui est la sienne dans l’histoire ?

Je pense que, jusqu’au XIXe siècle, elle a été un peu le symbole de la réconciliation, la femme par laquelle la paix est arrivée aussi en France, et pas seulement pour les Bretons. La guerre, c’est un grand malheur qui s’abattait sur le pays. Une femme qui apporte la paix reste dans les esprits. Il y a aussi chez elle une notion de sacrifice. Elle a accepté le mariage avec son ennemi de la veille. Dans l’Histoire, parmi les femmes qui épousent l’homme à qui elles ont fait la guerre, il y a Cléopâtre… C’est assez rare. Elle est restée reine très longtemps en épousant deux rois successifs. C’est assez étonnant. Son règne est long à une époque où l’espérance de vie est assez courte. Elle est la grand-mère et l’arrière-grand-mère d’un grand nombre de souverains. Dans la famille royale, son souvenir a longtemps été conservé.

Claire l’Hoër, Anne de Bretagne, duchesse et reine de France, Fayard, 299 pages, 22 €.

Cathédrale de Nantes : le Comité Anne de Bretagne demande à ce que les vitraux détruits soient refaits à l’identique

Nantes est un point central et incontournable dans l’histoire de la Bretagne et malheureusement, ces dernières années, notre patrimoine y a subi plusieurs déboires importants comme le vol heureusement résolu du reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne et maintenant l’incendie de la cathédrale St Pierre et St Paul avec la destruction notamment de l’orgue de 1621 et des vitraux de 1498.

Ces vitraux que l’on dit offerts par Anne de Bretagne ont subi de nombreux outrages à travers les siècles particulièrement durant la révolution française où la quasi-totalité fut détruite, puis en 1800 lors de l’explosion de la poudrière voisine et enfin lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.

Malgré cela, restaient la représentation d’Anne de Bretagne accompagnée de Ste Anne et de Marguerite de Foix, sa mère, accompagnée de Ste Marie-Madeleine. Ces vitraux « survivants » ont désormais disparu dans l’incendie de samedi dernier.

Les portées historiques et symboliques de ces vitraux sont, pour le Comité Anne de Bretagne, fondamentaux et leur destruction ne doit pas signifier leur disparition pure et simple.

Le Comité Anne de Bretagne souhaite instamment que ces vitraux soient refaits à l’identique et retrouvent la place qui était la leur . Ce pourrait d’ailleurs être l’occasion d’étudier la reconstitution complète du vitrail tel qu’il existait au XVIIIe siècle.

Il serait tout à fait incompréhensible alors que l’on parle de refaire à l’identique Notre-Dame de Paris que ce ne soit pas le cas pour la cathédrale St Pierre et St Paul de Nantes, centre spirituel majeur, élément important de l’histoire et du patrimoine de Bretagne.

 

 

Cathédrale de Nantes : l’Institut Culturel de Bretagne appelle aux dons pour sa restauration

La cathédrale St Pierre et St Paul de Nantes vient de subir un nouvel incendie qui a détruit, notamment, l’orgue de 1621 et les vitraux de 1498 .

Ce magnifique édifice gothique, l’une des 9 cathédrales de Bretagne, centre spirituel majeur, est aussi un des hauts lieux de l’histoire de la Bretagne.

C’est sous l’impulsion de Jean V, Duc de Bretagne, que les travaux débutent en 1434 ; c’est aussi l’écrin où l’on peut admirer le magnifique tombeau de François II et Marguerite de Foix, Duc et Duchesse de Bretagne.

Les vitraux détruits avaient été offerts par Anne de Bretagne et représentaient sa mère Marguerite de Foix avec Ste Marie-Madeleine et Anne de Bretagne avec Ste Anne. Ils représentaient un témoignage extraordinaire de la dernière Duchesse souveraine de Bretagne.

L’orgue construit en 1621 par Girardet était un instrument majestueux et l’un des plus beaux de Bretagne.

L’Institut Culturel de Bretagne a décidé de participer à la restauration de la cathédrale de Nantes en lançant une campagne pour recueillir des dons qui seront reversés intégralement à l’organisme en charge des travaux de restauration et ceci plus particulièrement pour les vitraux que l’Institut souhaite voir recréés à l’identique vu leur valeur symbolique et historique.

Les dons peuvent êtres adressés à Institut Culturel de Bretagne, 3 rue de la Loi, 56000 Vannes en précisant « Cathédrale de Nantes » ou être versés directement en ligne sur www.helloasso.com , rubrique Cathédrale de Nantes.

Pour l’Institut Culturel de Bretagne,

le président,

Jacky Flippot

Anne de Bretagne, générale de l’armée bretonne ?

Étrange courrier arrivé cette semaine dans quelques milliers de boites à lettres à travers la Bretagne appelant à la mobilisation générale des volontaires  au sein de l’Armée bretonne au service de la libération de la Bretagne. Courrier qui a attiré l’attention des médias.

Mais il y a un point qui n’a pas été remarqué, c’est la signature de cet appel: « La Générale, A2B » …… A2B comme …. Anne de Bretagne ?

Bizarre, bizarre, n’est-il pas ?

 

Voir l’article du Télégramme sur ce sujet ici.

Une nouvelle biographie d’Anne de Bretagne aux Éditions Gisserot.

Anne de Bretagne, née en 1477 et morte en 1514, est la souveraine certainement la plus célèbre de Bretagne, et sans doute une des plus connues de l’Histoire. Duchesse de Bretagne à titre personnel à l’âge 11 ans et demi, mariée une première fois à moins de 14 ans à Maximilien d’Autriche, roi des Romains, une seconde fois au roi de France, Charles VIII, dix mois plus tard, et une troisième fois à 22 ans au successeur de Charles VIII, Louis XII. Sa vie aurait pu être celle d’une reine vivant dans le luxe, entourée de centaines de serviteurs, remplissant son seul devoir : celui de donner un fils et donc un héritier à son mari et à la Couronne de France. Elle fut mère la première fois à 15 ans et enfanta plus d’une quinzaine de fois. Bien sûr, elle fut sacrée, cas exceptionnel, deux fois reine de France. Avec elle, la Cour de France quitta le Moyen-Age pour la Renaissance. Mais Anne de Bretagne ne fut pas que cela.

Il existe des dizaines de biographies d’Anne de Bretagne. Grâce à la révolution de l’Internet, l’accès à l’information est rapide, vaste et efficace. Il a été possible de vérifier, de corriger, de trouver afin de mieux comprendre qui fut Anne de Bretagne, qui furent les gens qui l’entourèrent, comment se déroulèrent les évènements qui agirent tant sur sa vie. Bien sûr, dès sa naissance, princesse de Bretagne, elle fut un instrument politique : l’épouser signifiait pour l’heureux élu acquérir la riche Bretagne. Les plus puissants de l’époque s’entredéchirèrent autour d’elle. On peut se demander si durant les vingt premières années de sa vie, elle fut maîtresse de son propre destin. A partir de la mort de Charles VIII, même si les obstacles furent très nombreux, elle devint une véritable souveraine ayant un double but : conserver intacte la souveraineté de la Bretagne et faire de ses deux seuls enfants survivants, Claude et Renée, nées difficilement de son union avec Louis XII, les princesses de l’Europe.

Auteur : Frédéric morvan

Éditeur : SA ÉDITIONS JEAN-PAUL GISSEROT Collection / Série : GISSEROT HISTOIRE

192 pages ; 19 x 12,5 cm ; broché          Prix de vente au public (TTC) : 8 €

Vol du reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne : jusqu’à quatre ans de prison ferme pour les voleurs

Franceinfo, 28 mai 2019

Ce joyau d’orfèvrerie, daté du 16e siècle, a été volé en avril 2018 puis récupéré par la police une semaine plus tard.

Le tribunal correctionnel de Nantes a prononcé, lundi 27 mai, des peines allant jusqu’à quatre ans de prison ferme à l’encontre de quatre hommes impliqués dans le vol du reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne. Cet objet funéraire d’orfèvrerie du 16e siècle, a été dérobé dans le musée Dobrée à Nantes (Loire-Atlantique) en avril 2018 puis retrouvé une semaine plus tard.

Les quatre prévenus ont tous été condamnés à de la prison ferme assortie à des amendes, en fonction de leur degré d’implication et de leurs casiers judiciaires.  Deux ont écopé de quatre et trois ans pour « vol d’un bien culturel » et « association de malfaiteurs », le troisième à 30 mois pour « vol aggravé », et le dernier à 18 mois pour « recel de vol aggravé ».

« L’Arsène Lupin de Saint-Nazaire »

Ces peines sont inférieures aux réquisitions du ministère public, qui avait demandé de trois à cinq ans de prison pour les prévenus, réfutant l’amateurisme supposé de cette équipe, dans laquelle seul l’instigateur a reconnu les faits. Lors de l’audience, le cerveau de l’affaire avait pourtant tenté de plaider la totale improvisation de son larcin réalisé avec des comparses qu’il refuse de dénoncer. « Il y avait rien de préparé », « ça s’est fait à la dernière minute », a répété le jeune homme de 23 ans, barbe soignée et cheveux blonds retenus par un chignon.

Cet étudiant en BTS chimie affirme avoir découvert ce joyau d’orfèvrerie en visitant le musée quelques mois plus tôt pour un devoir d’histoire-géographie. « Qu’on soit amateur ou grand bandit, je pense que n’importe qui serait attiré par un objet comme ça », a-t-il affirmé.  C’est « l’Arsène Lupin de Saint-Nazaire, il s’y est cru… Mais ça n’a pas duré longtemps », avait plaidé Denis Lambert, avocat du principal suspect, qui rappelle que les faits se sont déroulés sans arme ni violence.

« Un magot à prendre »

Une version contredite par les déclarations d’un autre prévenu, qui ont été lues à l’audience. « Il a dit qu’il y avait un magot à prendre et qu’il fallait bien travailler le coup », avait avoué ce dernier. Selon l’enquête, l’instigateur a bien préparé le vol, en payant la somme de 1 000 euros à un autre prévenu chargé de faire un repérage vidéo à l’intérieur du musée. Il aurait aussi acheté avec un prête-nom la voiture utilisée le soir des faits et a effectué des recherches sur les plans du musée. La valeur du reliquaire d’Anne de Bretagne est estimée à plus de dix millions d’euros.

Présumés voleurs du Reliquaire du cœur de Anne de Bretagne : jusque 5 ans requis

ABP, 27 mai 2019

par Didier Lefebvre

Dans une ambiance parfois tendue s’est déroulé le procès des présumés voleurs du Reliquaire du cœur de la duchesse.

La procureure a requis entre 3 ans et 6 mois et 5 ans de prison ferme, et jusque 10.000 euros d’amende.

Drôle de procès, où l’on sentait un j’m’en foutisme, voire une arrogance chez les prévenus, une présidente qui gardait son calme, mais ne dissimulait pas son agacement.

Un des prévenus reconnaît les faits, mais donne comme complices trois mystérieux gitans, cherchant à disculper ses trois amis embarqués avec lui dans cette galère. Bizarre, comme défense.

La procureure, en décortiquant les faits, montre bien que ses trois complices, ils sont là. Dans le box des accusés. Trop de preuves, trop de coïncidences.

L’acte était-il prémédité de longue date ? Ou est-ce sur un coup de tête et une série d’improvisations dignes des Pieds Nickelés ? La décision du Tribunal a été mise en délibéré.

Le Reliquaire a été retrouvé près de la plage de Saint-Marc (Saint-Nazaire), seule la couronne a été un peu abîmée et a été restaurée. Ce sont les caméras de surveillance qui ont fait remonter les enquêteurs jusque Yann, après un rocambolesque achat de la voiture qui servit au méfait, avant d’être brûlée près de Pontchâteau.

L’Histoire de Anne de Bretagne enseignée en BTS chimie ?

C’est l’histoire de jeunes du quartier de la Chesnaie à Saint-Nazaire, plus souvent en prison ou à fumer du cannabis la nuit tombée. L’un deux, Yann a l’idée – mais quand ? – de voler des pièces du musée Dobrée, suite à une visite afin de « préparer un devoir d’histoire-géo sur Anne de Bretagne » (il est en BTS chimie !). Plusieurs mois plus tard, il paye 1000 euros un de ses acolytes pour faire des reconnaissances dans ce musée afin de préparer un nouveau devoir cette fois sur les objets du temps de la duchesse. C’est touchant de voir comme les jeunes prennent à cœur leurs études, et aussi de savoir que l’Histoire de Bretagne est enseignée même dans des enseignements de chimie.

La suite, les enchaînements sont si burlesques qu’ils feraient sourire, si ce n’était la mise en danger du Reliquaire, d’une Cadière, et d’autres pièces.

Un avocat de la défense souligne alors la légèreté du système de sécurité de Dobrée, et la présidente s’est également étonnée du comportement de la société de protection Véritas.

L’avocat du CD 44 réécrit l’Histoire de la Bretagne

Dans sa plaidoirie où il demande environ 100,000 euros de dommages pour son client le CD44, cet avocat a osé réécrire l’Histoire. Je cite «  Le but du Conseil départemental 44 est la valorisation de notre patrimoine ligérien ». Oups, on s’étrangle, mais ce n’est rien par rapport à la phrase suivante : « Ce patrimoine, [parlant du Reliquaire et de la Cadière, ndla] qui appartient à notre Histoire ligérienne ». Bon, on sort deux minutes, besoin de reposer nos oreilles.

La procureure a, elle, rappelé que la duchesse avait choisi d’offrir son cœur à Nantes, afin qu’il reposât près de ses parents, alors que le reste de son corps était destiné à aller en la cathédrale-basilique de Saint-Denis, comme la majorité des reines et rois de France.

Elle demande 5 ans, plus une amende de 10.000 euros à Yann, les peines de ses présumés complices s’échelonnant de 3 ans et 6 mois à 5 ans. Elle rappelle que, selon la loi, elle pouvait requérir jusque 10 année, et… 5 millions d’euros (50 % de la valeur de l’objet dérobé). Elle demande aussi la confiscation des scellés, à savoir entre autres le stock d’armes trouvés chez le principal prévenu.

Nous tiendrons informés les lecteurs d’ABP du délibéré, à une date que nous ne connaissons pas à cette heure.

Peu de militants bretons dans la salle

Une vingtaine de spectateurs dans la salle, et seulement deux militants bretons étaient présents. Ces derniers sont des membres du comité_Anne de Bretagne. Nous aurions pu penser qu’après l’émoi suscité voici un peu plus d’un an, nombre de militants bretons se seraient intéressés à ce procès. Il n’en est rien, on ne peut que le regretter.

 

Reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne. Procès ce lundi des voleurs présumés

Le Télégramme, 25 mai 2019

Les quatre voleurs présumés du reliquaire d’Anne de Bretagne sont jugés ce lundi au tribunal correctionnel de Nantes. Le bien culturel avait été retrouvé quelques jours après le larcin en très bon état.

Un écrin en or, gravé et surmonté d’une couronne : le reliquaire d’Anne de Bretagne, reine de France, avait été dérobé dans un musée en avril 2018 puis rapidement retrouvé. Quatre voleurs présumés comparaissent lundi devant le tribunal correctionnel de Nantes, des jeunes dépassés par la valeur symbolique du cardiotaphe.

« On a une affaire de vol mais qui n’est pas plus grave et pas plus ébouriffante que d’autres dossiers », relativise Morgan Loret, avocat de l’un des quatre prévenus accusés de « vol d’un bien culturel » et « participation à une association de malfaiteurs ».

Originaires de Saint-Nazaire, ces amis de quartier âgés de 21, 23, 25 et 26 ans ont déjà été condamnés par le passé, dont deux frères pour des faits similaires. Placés en détention provisoire, ils comparaîtront lundi à partir de 09H00 pour expliquer les raisons qui les ont poussés, dans la nuit du 13 au 14 avril 2018, à entrer par effraction au musée Dobrée à Nantes pour y dérober des pièces exposées.

Outre le reliquaire, pièce d’orfèvrerie datant de 1514, une statuette hindoue dorée et une cinquantaine de pièces d’or composaient leur butin clinquant dont ils ne semblaient pas percevoir la valeur historique inestimable.

« Bien plus qu’un symbole, l’écrin du cœur d’Anne de Bretagne appartient à notre histoire. (…) Sauvé de la fonte après la Révolution, il est conservé au musée de Dobrée depuis 1886 », avait rappelé le conseil départemental de Loire-Atlantique à l’époque des faits.

« Le procès de quatre loulous »

Lorsque le vol est constaté – seulement le lendemain matin – les hypothèses se bousculent : Commande d’un collectionneur véreux ? Piste du receleur ? Appât du gain avec l’idée de faire fondre le métal ?

La réalité semble bien moins romanesque puisqu’après leur larcin, les suspects paradent devant leur bande d’amis à Saint-Nazaire. Leur trace est rapidement remontée par les enquêteurs, qui finissent par mettre la main sur le trésor, le 28 avril, enfoui mais intact.

« Il faut que le dossier soit dépassionné, notamment parce qu’aujourd’hui il n’y a pas de préjudice : l’objet du vol a été retrouvé, pas abîmé, on peut sans doute quelque part rendre grâce aux prévenus qui, dans leur forfait et dans leur bêtise, ont quand même eu la présence d’esprit de ne pas saccager les biens qu’ils avaient volés », plaide Me Loret.

Les juges devront pourtant s’attacher à préciser la responsabilité et le rôle de chacun la nuit des faits, que certains contestent, et le repérage effectué les semaines précédentes, capturé par la vidéosurveillance.

Les images montrent « qu’ils savent où ils vont de manière précise, ils sont allés vite, se sont répartis les rôles : c’était préparé, c’est certain », confie une source proche du dossier, avant de nuancer : « Ça a touché les gens parce que c’était symbolique mais ça reste le procès de quatre loulous rentrés par effraction dans un musée. »

Depuis sa restitution, l’écrin de la reine est conservé à l’abri des regards, dans un endroit tenu secret.

Léonard de Vinci. L’ombre du génie dans la cathédrale de Nantes

Une sculpture du tombeau des ducs de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes, pourrait représenter le génie de la Renaissance.

Une sculpture du tombeau des ducs de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes, pourrait représenter le génie de la Renaissance.

Le Télégramme, 1er mai 2019

Il y a 500 ans, le 2 mai 1519, Léonard de Vinci rendait son dernier souffle. Le génie de la Renaissance n’a jamais mis les pieds en Bretagne. Son ombre plane pourtant sur la cathédrale de Nantes. Surtout lorsqu’on s’approche d’une sculpture énigmatique…

Une statue de Léonard de Vinci dans la cathédrale de Nantes ? L’hypothèse a été émise par l’historienne Sophie de Gourcy, dans un livre publié en 2015. Intitulé « Le tombeau des ducs de Bretagne », l’ouvrage analyse en détail le monument funéraire commandé par Anne de Bretagne pour honorer la mémoire de ses parents, François II et Marguerite de Foix.

Selon Sophie de Gourcy, il n’est pas impossible que le peintre Jean Perréal, l’un des concepteurs du tombeau, ait pris pour modèle le génie de la Renaissance pour représenter un vieillard… que l’on ne voit pas forcément au premier coup-d’œil. Son visage apparaît en effet à l’arrière d’une sculpture à double face, qui est une allégorie de la prudence.
Pour étayer son hypothèse, l’historienne souligne que Perréal a rencontré Vinci. Elle note aussi que la statue présente des points communs troublants avec l’artiste italien, notamment le mouvement caractéristique de la bouche, ou encore la forme du nez.


« Faisceau de coïncidences »


À l’époque, ce qui n’est qu’un détail dans le livre, attire immédiatement l’attention des médias. Le quotidien nantais Presse Océan titre en Une : « La face cachée de Vinci ». « Je ne pensais pas qu’on en tirerait autant d’intérêt », sourit Sophie de Gourcy. « C’était une simple hypothèse de travail, un faisceau de coïncidences que je faisais remarquer ».

Des voix plus critiques se font aussi entendre. Tout en reconnaissant que le livre est remarquable, certains pointent un problème, que l’historienne n’esquive pas. « Le vieillard de Nantes ressemble à un portrait de Léonard de Vinci de 1512, alors que le tombeau a été commandé en 1499. Il y a en quelque sorte un problème de dates ! », reconnaît-elle.

Ce portrait est tout à fait énigmatique

« Le portrait n’est pas forcément Léonard. Jean Perréal a voulu représenter un homme qui évoque la sagesse, la mémoire. C’est une figure idéalisée de l’artiste au sens large », poursuit Sophie de Gourcy. Qui observe, en passant, que « déjà à l’époque, Léonard de Vinci est connu internationalement et qu’il est précisément… cette figure idéalisée de l’artiste ».

« Ce portrait est tout à fait énigmatique, il correspond bien à la pensée de l’époque. Dans les années 1500, on est encore dans l’esprit du Moyen-Âge. Une image a plusieurs niveaux de sens, elle doit déclencher une multitude de raisonnements. On utilise les symboles, les allégories. C’est pour cela que je peux me permettre d’émettre cette hypothèse », explique l’historienne.


« Une leçon de bon gouvernement »


C’est pour cela également « qu’isoler une image ne permet pas de rendre compte de la richesse du message qu’Anne de Bretagne voulait envoyer », souligne Sophie de Gourcy. Le tombeau est en effet « une véritable leçon de bon gouvernement ». Force, tempérance, justice, prudence : les statues d’angle représentent le chemin vertueux que doivent suivre les princes. « Anne de Bretagne a des solutions, qu’elle puise dans l’Antiquité, dans la littérature », explique l’historienne, avant de conclure : « Je présente souvent ce tombeau et les visiteurs sont enthousiasmés par la richesse du message. C’est une lecture qui est encore d’actualité ». Avec ou sans Léonard de Vinci