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Conférence sur Anne de Bretagne jeudi 18 décembre à Lorient.

Anne de Bretagne 1

Plour clôturer l’année du 500e anniversaire de la mort d’Anne de Bretagne, Emglev Bro an Oriant incite Jean-Jacques Valy du Cercle Brizeux, un passionné de culture bretonne, pour une causerie sur la dernière duchesse souveraine de Bretagne. En racontant l’histoire de la Bretagne depuis 1488, et de celle qui fut deux fois reine de France, le conteur vous fait découvrir par de nombreuses illustrations un moment charnière pour notre pays.

Jeudi 18 décembre, 18h30, auditorium Saint-Louis, à Lorient.

Renseignements au 02 97 21 37 05.

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Anna Breizh, le pourquoi de l’absence de mutation dans la version en breton du nom d’Anne de Bretagne

Certaines personnes estiment qu’il doit y avoir une mutation dans le deuxième terme de cette expression, mais sans toujours être en mesure d’en préciser la raison. Or, comme dans toute langue, le breton obéit à des règles qui ne sont pas toujours bien connues. Le rôle des linguis-tes est d’analyser la langue et d’en donner les principes de fonctionnement. C’est ce que nous allons voir dans le cas présent.

La règle du complément de nom

Anna Breizh est un complément de nom et signifie « Anne de Bretagne ». La question des mutations dans le groupe nominal a, notamment, été étudiée par le remarquable grammairien qu’est René Le Gléau, dans « Syntaxe du breton moderne » (Editions La Baule, 1973).

Il écrit au paragraphe 63, page 60: «Le nom complément de nom au sens strict du terme, c’est-à-dire le génitif1, reste obligatoirement inchangé. C’est une règle absolue de la langue classique». Il donne une série d’exemples ; en voici quelques uns:

•- 1. Au féminin singulier: • après un nom: lezenn Moizes ; Magerez Moelar ; skol Breizh ; Anna Breizh ; lenn-vor Brest ; Tro Breizh,… • après un pronom: E Treger eo bet savet ar c’hentañ skol vrezhonek, hini Plistin,…

•- 2. Au masculin pluriel: bugale Doue ; servijerien Moelar ; kristenien Kerne ; renerien Breizh-Veur ; sonerien Breizh ; bugale Breizh ; micherourien Katalonia,…

La règle est sans équivoque. Pour l’établir, il a étudié 83 ouvrages en breton publiés entre 1698 et 1973. Il ne s’appuie pas sur une impression ou l’opinion de quelques contemporains, mais sur l’analyse objective de trois siècles d’ouvrages de référence. Celle-ci est confortée par l’avis de Francis Favereau dans sa « Grammaire du breton contemporain » (1997). Il écrit (§.333, p.153): «Dans le cas d’un génitif… [la mutation] est non justifiée». Il appuie son affir-mation d’exemples: ur vouezh maouez (une voix de femme) ; e vuhez martolod (sa vie de marin)  ; ur wal pesketaer (une gaule de pêcheur),…

Une extension de règle abusive

René Le Gléau note, après avoir défini la règle: «Pratiquement, elle est respectée jusqu’en 1924». Et il précise (p.66, §67, point E): «Avant les Notennoù [diwar-benn ar Gelted kozh, 1922], on écrit toujours: Bugale Breizh, Skol Breizh, observation faite sur plus de 150 exem-ples» ! Ensuite apparaissent des hésitations chez les auteurs. C’est ce que remarque aussi Francis Favereau dans sa « Grammaire » (p.153). Elles sont dues au fait que des intellectuels bretons, influencés sans s’en rendre compte par le français, ont étendu abusivement la règle des adjectifs épithètes2 (ex.: Anna veur) au nom complément de nom. Il n’y a aucune raison objective, au contraire, écrit René Le Gléau, «d’étendre l’adoucissement à tous les groupes de mots (…) sous prétexte de « régularité grammaticale »» (§.66), laquelle n’a pas de sens.

Si certains adjectifs peuvent être employés comme noms (ar Braz, ur c’hozh, …), si certains noms communs sont parfois utilisés comme adjectifs (ur c’hi laer, « un chien voleur »), un nom propre comme Breizh ne peut être transformé en adjectif.

Certains mots peuvent prêter à équivoque, mais ce n’est qu’en apparence. Ainsi, droug est un nom signifiant « mal » (lavarout droug = dire du mal), « maladie » (droug sant Matilin = la folie), « douleur » (droug ’m eus em dorn = j’ai mal à la main), mais drouk est un adjectif ayant le sens de « mauvais, méchant » (un den drouk = une personne mauvaise, méchante). On ne peut employer l’un pour l’autre. Il faut garder à chacun sa spécificité.

On doit donc dire Kalon Breizh (le cœur de la Bretagne), mais ur galon vreizhek (un cœur breton), au moyen de l’adjectif. De même: Skol Breizh (l’école de Bretagne), mais ur skol vreizhek (une école bretonne), etc. La règle ne peut donner deux applications différentes (un cas avec la mutation, un autre sans), sinon il n’y a plus de règle. Celle-ci est claire: il n’y a jamais mutation du nom du complément de nom.

Cette mutation erronée est donc un produit de la francisation inconsciente de certaines consciences bretonnes. Et il est difficile d’y échapper, car elle est insidieuse, puisque nous bai-gnons dans un bain francophone quotidien dominant. Il nous faut faire un effort sérieux pour se soustraire à son influence. C’est la raison pour laquelle Yvon Gourmelon écrit tant d’arti-cles sur cet aspect des choses, dont « En em zizober deus levezon ar galleg » (se défaire de l’influence du français), longue « leçon » parue dans le numéro 389 d’Al Liamm (novembre 2011, p.31-51).

Si certains hésitent, heureusement il y a bien des personnes qui appliquent correctement la règle, comme dans Mouezh Paotred Breizh, Unvaniezh Skrivagnerien Breizh, Tudjentil Breizh, Ni Paotred Breizh-Izel, Awen Breizh, Bugale Melran, c’hoarierien kartoù, mac’hadourien gwin, etc. On doit donc dire et écrire Anna Breizh, Skol Breizh, Skoazell Breizh, Tro Breizh, etc et se défaire des mauvaises habitudes prises par certains par mécon-naissance.

Je ne saurais trop recommander aux bretonnants soucieux d’une bonne connaissance de la grammaire du breton de (re)lire « Syntaxe du breton moderne », de René Le Gléau, notamment la partie sur les mutations qui nous préoccupe ici, à savoir les § 53 à 67, pages 52 à 66, et de les mettre en application, pour l’utilisation d’une langue authentique, garantie de sa pérennité.

                                                 Tugdual KALVEZ (Institut Culturel de Bretagne)

.1- Cas qui indique la dépendance, la possession. En français, il est traduit le plus souvent par la préposition de: le livre (possédé) de Paul (possesseur) ; en breton, levr Paol.

.2- La règle de mutation des adjectifs épithètes, elle-même, n’est pas absolue. Si l’adjectif commençant par K, T ou P qualifie un nom féminin singulier ou masculin pluriel de personne se terminant par une consonne autre que L, M, N, R ou V, il ne subit pas la mutation adoucissante, cela pour une raison phonétique. Ex.: ur gontaouerez Kozh (une vieille comptable) ; ur vuoc’h Treut (une vache maigre) ; tud Paour (de pauvres gens).