1505: un cantique en breton dédié à Anne de Bretagne

Yves Mahyeuc (vitrail de la basilique de La Guerche-de-Bretagne)

Ouest-France, 19 novembre 2017

par Bernez Rouz

En 1505, le plus vieux cantique breton connu est dédié à Anne de Bretagne.

Les souverains bretons avaient coutume de venir prier au pardon du Folgoët (Léon), l’un des plus célèbres du duché. Anne de Bretagne ne dérogé pas à la tradition. A 28 ans, elle règne sur la Bretagne mais elle est aussi reine de France. Le 19 août 1505, elle est accueillie dans la basilique par le Veni Creator réservé aux grands dignitaires. Mais, surprise, l’hymne séculaire composé en latin au IXe siècle est chanté  en deux langues: Veni Creator Spiritus, Mentes tuorum visita , Deuit Spered krouer ken glan, E eneoù gwan ho pugale.(Venez Esprit créateur, si pur dans les âmes fragiles de vos enfants…).

« Gardienne de notre terre »

L’auteur n’est autre que son confesseur, Yves Mahyeuc, né à Kervoyec en Plouvorn, près du Folgoët.. Il signe d’ailleurs son oeuvre : »Veni Creator an Itron Anna, kempennet gant Yvo Caervoyec en enor d’an Itron Anna, hon dugez-rouanez o pardoniñ er Folgoet » (Le Veni Creator de Dame Anne, arrangé par Yves de Kervoyec, en l’honneur de Mme Anne, notre duchesse-reine en pèlerinage au Folgoët).

Il s’agit du premier cantique breton connu, tout à l’honneur de la souveraine: « Pedomp evit Anna, rouanez ha dugez vat ar Vretoned. Ni ho salud mirer hon glenn. Anna birviken melezour hon neñvoù. Skuilhit ho klizhenn e grasou puilh war bro Breizh » (Prions pour la reine Anne, bonne duchesse des Bretons. Nous vous saluons gardienne de notre terre, Anna à jamais miroir des cieux ! Versez votre rosée en grâces abondantes sur le pays de Bretagne).

Yves Mahyeuc deviendra évèque de Rennes en 1507. Il serait à l’origine du poème officiel écrit en lettres d’or sur la grande scène de la cérémonie où trônait le portrait de Brutus, chef mythique troyen devenu premier roi des Bretons.

On croyait à l’époque que les Bretons descendaient de ce peuple de la Grèce antique. Brutus s’exprime donc en breton: « Me ha ma gwreg monet c’hwek a grepach. Da goñkeriñ ar Breizh-mañ hep mar ebet. E giz nep zo ac’hanon diskennet, pere a gomz eus Troye gwir langaj, hag a vezo betek ar fin en usaj« . ( Moi et ma femme, de partir en douce du pays grec, afin de conquérir sans coup férir cette Bretagne. Mes descendants parlent la vraie langue de Troie, laquelle restera en usage jusuqu’à la fin des temps).

Belle prédiction pour l’aven,ir de la langue bretonne dont l’origine prestigieuse viendrait donc de la plus haute antiquité.

 

Intérieur de la basilique du Folgoët.

 

Publicités

La Cordelière. L’espoir renaît

Le naufrage de la Cordelière et du Régent, deux bateaux emblématiques du début du XVIe siècle, a dû se dérouler entre la pointe Saint-Mathieu (ci-dessus) et l’anse de Bertheaume, à Plougonvelin.

Le Télégramme, 14 novembre 2017

La Cordelière, le bateau d’Anne de Bretagne, alors reine de France, a coulé en 1512 lors d’une bataille navale, emportant avec elle le Régent, vaisseau amiral de la flotte britannique. Les recherches, avec de nouveaux moyens, ont repris pour retrouver ces précieuses épaves à la pointe du Finistère.

Ce 10 août 1512 une réception se déroule sur La Cordelière, la caraque commandée par Hervé de Portzmoguer, dont le nom a ensuite été francisé en Primauguet pour baptiser des navires de guerre de la Royale. Portzmoguer et Primauguet ne sont bien qu’un seul homme !

À cette époque, les Anglais viennent souvent attaquer la pointe bretonne, et ce jour-là une flotte de bateaux anglais et flamands est annoncée devant l’abbaye de Saint-Mathieu, à Plougonvelin. Les amarres sont coupées à la hâte. La Cordelière et La Louise vont au-devant de la flotte anglaise pour protéger le reste des vaisseaux bretons et français qui rentrent par le goulet vers Brest.

Durant la bataille navale, La Cordelière se retrouve en mauvaise posture et Portzmoguer décide d’aller à l’abordage du Régent, le vaisseau amiral anglais. Le feu prend dans la sainte-barbe du bateau breton, la réserve de poudre explose et les deux navires sont envoyés par le fond avec leurs quelque 400 canons et près de 2.000 marins embarqués sur ces grands vaisseaux d’une quarantaine de mètres chacun.

« On va tout reprendre »


« Depuis plusieurs années des recherches ont été menées pour tenter de retrouver l’épave de La Cordelière, notamment par Max Guérout dans les années 1990, à l’aide d’un magnétomètre. Mais il y a beaucoup de matériaux, notamment des câbles sous-marins, sur la zone de recherche qui ont parasité les résultats. Aujourd’hui nous avons des techniques qui doivent nous permettre de retrouver enfin ces épaves. On va tout reprendre méthodiquement », dit Michel L’Hour, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) qui estime la zone de recherche entre la pointe Saint-Mathieu et l’anse de Bertheaume, sur la commune de Plougonvelin.

« Un navire qui fait rêver »


Dans un premier temps, ce sont les archives françaises, mais aussi anglaises, qui sont fouillées par les chercheurs de l’Université de Bretagne sud. « Retrouver le témoignage d’un marin anglais pourrait permettre de préciser le lieu du naufrage », estime le directeur du Drassm.

Ensuite, il s’agit d’étudier la géomorphologie des fonds de ce secteur avec Ifremer et l’aide des moyens techniques de l’École nationale supérieure de techniques avancées (Ensta) de Brest ou du laboratoire d’Informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (IRMM).

« Ce projet me tient beaucoup à coeur parce que je vais bientôt quitter la direction du Drassm. C’est un bâtiment qui fait rêver beaucoup de monde depuis longtemps. J’ai rencontré un vrai engouement autour de ce projet. L’été prochain une campagne de recherches sera réalisée avec le bateau du Drassm, l’André-Malraux », précise Michel L’Hour.

L’épave peut être enfouie sous des sédiments mais les dizaines de canons, couleuvrines et armes très variées de l’époque, devraient tout de même être détectables.

Les plongeurs sollicités


« Il est possible que le site ait déjà été découvert fortuitement par des plongeurs qui ont remonté des objets sans avoir conscience de ce qu’ils venaient de ramener. On recherche des témoignages. Sous l’eau on peut imaginer retrouver une partie de la coque, même si elle a brûlé en partie ou a explosé. Et puis il y a tous les effets personnels des marins. Et il y avait aussi des femmes venues pour la réception et qui n’avaient pas dû pouvoir être débarquées. Ce sont des milliers d’objets qui vont nous révéler beaucoup de choses sur l’époque ».

Le Drassm étant désormais capable d’aller retrouver des épaves à plus de mille mètres, grâce aux outils qu’il a développés, on se dit que La Cordelière ne devrait plus longtemps lui échapper.

 

 

Rennes. Le carton du mariage d’Anne de Bretagne dévoilé

Guillaume Kazerouni, responsable des collections anciennes au musée des Beaux-Arts de Rennes, devant la fresque monumentale, carton du « Mariage d’Anne de Bretagne ». | Ouest-France.

Ouest-France, 14 novembre 2017

La tapisserie a disparu dans l’incendie du Parlement de Bretagne. Mais la fresque qui avait servi à la créer a pu être restaurée par le musée des Beaux-Arts de Rennes. Elle a été inaugurée lundi soir dans la Grand’ chambre du Parlement.

« C’est un moment historique comme ce bâtiment en a connu de très beaux, un moment empreint d’une très forte émotion dans ce lieu symbole de l’union de la Bretagne et de la France », salue Xavier Ronsin, premier président de la Cour d’appel de Rennes, au moment de dévoiler, lundi soir, le carton du Mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII.

Le modèle des tissiers

Un carton, c’est en quelque sorte le patron d’une tapisserie, « la fresque réalisée au préalable et qui sert de modèle aux tissiers », explique Anne Dary, directrice du musée des Beaux-Arts de Rennes.Onze tapisseries historiques avaient ainsi été commandées en 1899 et installées 26 ans plus tard dans les vastes salles du Parlement de Bretagne et en particulier dans la Grand’ chambre.

Carton monumental

On doit ce carton monumental (30 m2) au peintre décorateur, Edouard Toudouze, qui l’a peint entre 1901 et 1907. La tapisserie tissée à partir de ce modèle a disparu dans l’incendie du Parlement de Bretagne, le 4 février 1994. « Des tapisseries avaient pu être sauvées et confiées à un atelier de restauration, explique Anne Dary. Mais, second traumatisme, elles ont péri trois ans plus tard dans un second incendie qui avait ravagé cette fois l’atelier. »

Une restauration de 150 000 €

De ces œuvres inestimables, n’ont été conservés que les fameux cartons qui dormaient, enroulés et quasiment oubliés dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Rennes. Il a été décidé de les restaurer, pour 150 000 €.

Des mécènes

L’État mais aussi des mécènes à hauteur de 20 % du budget (entreprises, particuliers, ordre des avocats) ont mis la main à la poche pour financer ce patient travail de remise en état, dont l’une des pièces majeures a été dévoilée hier. « Il faut saluer le travail d’orfèvre des restaurateurs et des agents techniques qui se sont attelés à cette tâche, centimètre par centimètre », souligne Xavier Ronsin. D’autres cartons seront installés dans les mois à venir au Parlement de Bretagne, visité par plus de 5 000 personnes lors des dernières Journées du patrimoine.

Note du Comité: il est à souligner que le thème de ces tapisseries est dans la lignée d’une vision française de l’histoire de Bretagne.

 

Rennes: Noyé, brûlé puis oublié. Le monumental tableau d’Anne de Bretagne de retour au Parlement

Le conservateur du musée de Bretagne Guillaume Kazerouni devant le carton du mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII au parlement de Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes

20 minutes , 14 novembre 2017

  • Le tableau monumental d’Anne de Bretagne est de retour au Parlement à Rennes.
  • Ce « brouillon » de la tapisserie réalisée au début du XXe siècle a été restaurée.
  • La tapisserie a brûlé dans l’incendie de son atelier de restauration, après avoir échappé aux flammes en 1994.

« C’est un événement historique ». Premier président de la cour d’appel, Xavier Ronsin n’a pas caché son émotion lundi soir au moment de faire tomber le drap blanc inaugurant le retour d’Anne de Bretagne au Parlement de Bretagne à Rennes. Ce tableau monumental de six mètres sur cinq est un carton, sorte de brouillon, d’une tapisserie aujourd’hui disparue montrant le mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII en 1491. Un acte fondateur qui mettra fin à l’indépendance de la région.

Epargnée par l’incendie en 1994, brûlée en 1997

Réalisé par Edouard Toudouze et accroché pour la première fois à Rennes en 1901, ce carton remplace aujourd’hui la tapisserie qui a longtemps recouvert le mur de la Grand’Chambre du Parlement. Epargnée par les flammes lors du dramatique incendie en 1994 mais souillée par l’eau des pompiers, l’œuvre avait brûlé trois ans plus tard dans l’incendie de l’atelier dans lequel elle était restaurée. « Nous avons retrouvé une partie des modèles dans nos réserves. Nous trouvions dommage de ne pas les montrer », témoigne Anne Dary, la directrice du musée des Beaux Arts.

Grâce à l’aide des collectivités et de mécènes, l’œuvre a pu être restaurée et vient d’être accrochée au Parlement, en face de l’imposante tapisserie de Duguesclin, encore plus grande que celle d’Anne de Bretagne.

Au total, ce sont onze tapisseries réalisées par les Gobelins qui ont orné les murs de la salle à partir de 1925. La plus grosse commande de l’histoire de la prestigieuse manufacture, évaluée à plus de dix millions d’euros à l’époque. « Les murs rouge et or étaient de plus en plus critiqués. On y voyait des hermines mais aussi les initiales de Napoléon. Il y avait une incohérence. Beaucoup voulaient les recouvrir », précise Guillaume Kazerouni, responsable des collections anciennes au musée des Beaux Arts.

Pour remplacer les tapisseries brûlées et à jamais disparues, les équipes du musée de Bretagne se sont mises en quête des fameux « brouillons » réalisés avant le tissage. Si certains ont été déchirés, d’autres ont été rangés ici et là et se cachent dans les réserves des musées. « Nous en avons retrouvé certains. Mais nous savons par exemple que l’un des tableaux se trouve au Mobilier National à Paris, parmi les 2.500 cartons qui sont roulés là-bas », poursuit Guillaume Kazerouni.

Les conservateurs du musée et les équipes du Parlement aimeraient en accrocher au moins six et même faire revenir du mobilier dans les années à venir. « L’histoire n’est pas terminée ».

Note du Comité: il est à souligner que le thème de ces tapisseries est dans la lignée d’une vision française de l’histoire de Bretagne.

 

Anne de Bretagne. Des funérailles d’un faste à peine croyable

Au sixième jour de sa mort, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Photo DR

Le Télégramme, 12 novembre 2017

par Erwan Chartier Le Floch

Épuisée par les grossesses et les drames, Anne de Bretagne s’éteint le 9 janvier 1514. Ses funérailles durent trente-neuf jours et demeurent parmi les plus grandioses et les plus coûteuses des souverains français.

En ce début d’année 1514, la reine de France se meurt, épuisée par une quinzaine de grossesses en vingt ans. Seules deux de ses enfants, Claude et Renée, ont survécu. Son mari, Louis XII, est absent. Il est allé combattre les Anglais et Maximilien d’Autriche dans le nord du royaume, après avoir été expulsé d’Italie. Un véritable lien d’affection unit cependant la duchesse souveraine de Bretagne, deux fois reine de France, et Louis d’Orléans qui a d’ailleurs combattu en 1487, à Saint-Aubin-du-Cormier, dans l’armée du duc François II contre les Français.

Embaumement royal 

Anne de Bretagne décède le 9 janvier, vers 6 heures du matin, dans la chambre du donjon de Blois, alors résidence des souverains français. Ses obsèques vont durer trente-neuf jours. Dans une étude monumentale, Jacques Santrot a étudié cet événement politique, symbolique et culturel sans précédent. Nous disposons de nombreux documents sur ces obsèques qui restent exceptionnelles par leur coût, sans doute l’un des plus importants de l’Histoire de France, c’est-à-dire entre 44.000 et 60.000 livres de l’époque. La principale dépense concerne les bougies et les cierges. Pour Anne de Bretagne, on brûle, en effet, des tonnes de cire…

Après son trépas, la reine est soumise à une toilette mortuaire et aux différentes étapes de son embaumement. La dépouille est ainsi éviscérée et plusieurs organes, parmi ceux les plus rapidement dégradables, sont prélevés. Conformément au souhait d’Anne, le cœur est également mis à part, afin qu’il soit rapporté à Nantes.

Au sixième jour, Anne de Bretagne est transférée dans la salle d’honneur de Blois, en habit d’apparat. Pendant plusieurs jours, tous les grands du royaume viennent lui rendre hommage. Ce n’est que le 17 janvier que le corps de la reine est placé dans son cercueil de plomb, afin que sa dépouille soit transférée jusqu’à la nécropole royale de Saint-Denis. Plusieurs centaines d’offices religieux sont donnés pendant 74 jours. Selon Jacques Santrot, « cette inflation de messes est due à la hantise du salut individuel et à une croyance de plus en plus forte au purgatoire ».

Cortège impressionnant

Le 18 janvier, près de 1.700 pleurants accompagnent Anne de Bretagne jusqu’à la collégiale Saint-Sauveur de Blois, suivis des grands du royaume et des officiers de la reine. Le cortège qui s’ébranle ensuite vers Paris est grandiose, avec un absent de marque, le roi. Malgré son attachement réel à son épouse, comme ses prédécesseurs depuis le XIV<md+>e siècle, il ne peut plus assister à des obsèques afin de protéger son intégrité physique. </md+>

<md+>Tout au long du parcours, les officiers bretons sont particulièrement mis en valeur. Il s’agit d’un acte politique et symbolique, afin de consolider le processus d’union du duché au royaume. D’autant que cette union est loin d’être acquise en cas de remariage du roi et de naissance d’un héritier mâle. Les Anglais ne s’y tromperont pas en envoyant une jeune et fougueuse princesse épouser Louis XII, mais ce dernier décède avant de lui donner un enfant… </md+>

<md+>Le convoi mortuaire d’Anne de Bretagne quitte Blois et remonte vers le nord. Chaque soir, des cités l’accueillent, à leurs frais. Les cérémonies les plus fastueuses ont lieu le 14 février, lorsque la dépouille royale entre dans Paris et fait une station à Notre-Dame. Entre 12 et 13.000 personnes se pressent sur le trajet. Le 16 janvier, Anne de Bretagne arrive enfin à Saint-Denis, dans la nécropole des rois de France. Par la suite, son gendre, François I>r, fera réaliser un tombeau monumental en son honneur et celui de Louis XII.

Ces funérailles exceptionnelles, leur faste et leur symbolique illustrent la volonté de la couronne française de favoriser le processus d’annexion d’une principauté alors prospère, dont l’importante flotte maritime allait constituer un atout certain. Quant à Anne de Bretagne, elle devient désormais l’un des grands personnages de l’Histoire de France.

À lire

 « Les doubles funérailles d’Anne de Bretagne, le corps et le cœur » (janvier-mars 1514) Jacques Santrot, Droz, Genève. 

– «Toute l’Histoire de Bretagne», Skol Vreizh, Morlaix, 2012. Jean Kerhervé,

– « L’État breton aux XIVe et XVe siècles. Les ducs, l’argent et les hommes », Maloine, Paris, 1987.

Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes. Photo DR

Son cœur à Nantes

Avant son décès, Anne de Bretagne avait émis le souhait que son cœur soit enterré à Nantes, «en son pays et duché de Bretagne». Cette partition du corps n’a rien d’exceptionnel à l’époque chez les princes. Il permet au contraire de multiplier les pratiques funéraires et donc, de rehausser le prestige du défunt. Pour accueillir la relique royale, deux orfèvres de Blois, Pierre Mangot et François Jacques réalisent un petit chef-d’œuvre artistique en moins de quinze jours. Ce « vaisseau d’or » constitue encore aujourd’hui l’une des pièces principales des collections du musée Dobrée à Nantes.

Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Plusieurs cérémonies sont organisées dans la capitale du duché, sans le faste de celles de Paris et Saint-Denis. Puis le cœur est placé dans le tombeau des parents d’Anne, François II et Marguerite de Foix, l’un des plus beaux monuments de la Renaissance bretonne, aujourd’hui visible dans la cathédrale de Nantes.

Escorté par Philippe de Montauban, fidèle parmi les fidèles de la duchesse Anne et chancelier de Bretagne, le cœur arrive à Nantes par bateau, le 13 mars. Photo DR

Les 500 ans d’Anne de Bretagne en DVD

Présentation du DVD, réalisé par Rémi et Nicolas Valais (assis à droite), en compagnie des membres du Comité Anne de Bretagne et du maire Jean-Michel Buf (debout à droite). |

Ouest-France, page Bretagne, 9 novembre 2017

Près de 120 manifestations ont salué en 2014 et en 2015, dans les cinq départements bretons, les 500 ans de la mort d’Anne de Bretagne. Un DVD retrace cette épopée.

« L’idée est partie d’une rencontre avec Olivier moreau, producteur du spectacle d’Alan Simon au Zénith en janvier 2014, à Nantes, explique Rémi Vallais, professionnel de l’audiovisuel, éditeur de ce DVD. Dans un premier temps, il s’agissait de faire une vidéo de ce spectacle qui s’inscrivait dans le cadre de cette commémoration des 500 ans. Je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire sur la globalité de l’évènement.  » .

L’équipe de Rémi Vallais n’a pas repris la totalité de ces rendez-vous « mais nous en avons filmé une quarantaine. En choisissant des lieux sur tout le territoire et de diverses importances pour essayer de refléter au mieux ce que fut cette commémoration. »

Contact: http://annedebretagne2014.info

Anne de Bretagne … A ma vie… à notre vie !

Vitrail à Dinan.

Morbihan, novembre-décembre 2017

À la devise de l’ordre de l’Hermine, Anne de Bretagne y ajoute Non mudera (« je ne changerai pas ») et adopte sa propre devise Potius mori quam foedari (« plutôt mourir que se déshonore »). Portée par de telles convictions, Anne de Bretagne est devenue un symbole fort de la résistance bretonne…

Mais qui est finalement cette femme…

… devenue duchesse à 11 ans, reine de France à 15 ans, mère de neuf enfants dont sept décédés en bas âge et qui, à sa mort à seulement 36 ans, a su marquer le destin et la mémoire collective de tout un territoire ?

D’alliances en mésalliances

Anne de Bretagne est née au château des ducs de Bretagne à Nantes le 25 janvier 1477. Elle est la fille de François II, dernier duc de Bretagne, et de la princesse de Navarre Marguerite de Foix. La Bretagne, qui cherche depuis le XIVe siècle à s’émanciper du royaume de France est à l’époque en conflit avec le souverain Louis XI pour conserver son indépendance.
Décidé à protéger ses terres de la menace française, François II développe ses alliances. Pour cela, sans héritier mâle, la main de sa fille aînée Anne est promise à maintes reprises. C’est ainsi, qu’à peine âgée de 4 ans, elle est proposée au prince Edouard de Galles (fils d’Edouard IV d’Angleterre), mais celui-ci meurt en 1483. Les prétendants ne vont pas manquer… En 1488, les armées du duc François II subissent une lourde défaite face à celles du roi de France à Saint-Aubin-du-Cormier. Suite à cet échec, le traité du Verger précise que l’héritière du duché ne peut se marier sans l’accord du roi de France.

Trois mariages, deux fois reine de France…

En septembre de la même année, François II meurt d’une chute de cheval et tous les projets de mariage s’effondrent. Anne alors âgée de 11 ans, cette jeune enfant initiée au latin, à la littérature et à l’histoire, devient duchesse de Bretagne.
Avant de mourir, son père avait confié sa garde au maréchal de Rieux et à Françoise de Dinan qui souhaitent la marier à l’un de leurs parents, Alain d’Albret. Anne refuse et les hostilités reprennent avec Charles VIII.
Mais il n’est pas question de ne pas sauver le duché, Anne est mariée par procuration, le 19 décembre 1490, à Maximilien Ier de Habsbourg, futur empereur du Saint Empire romain germanique. Ce mariage est perçu comme la violation du traité du Verger. Rennes est alors rapidement assiégée. Anne de Bretagne doit s’unir au roi de France Charles VIII pour  » assurer la paix entre le duché de Bretagne et le royaume de France  ». Le 8 février 1492, celle que l’on décrit comme   » petite, maigre de sa personne, boiteuse d’un pied et d’une façon sensible, brunette et jolie de visage, et pour son âge fort rusée « , est couronnée reine de France.

… et toujours duchesse

De cette union, naîtront plusieurs garçons, tous morts en bas âge. Le roi lui-même péri en 1498 des suites d’un accident. Veuve à 21 ans et sans enfant, elle redevient pleinement duchesse. Lors de sa venue en Bretagne à l’automne 1498, elle fait don à la population du deuxième terme de l’impôt et fait battre une monnaie d’or à son nom.
Ayant réaffirmé son autorité sur le duché, en janvier 1499, elle se marie au nouveau roi de France Louis XII mais est cette fois en mesure de négocier les conditions de ce mariage, dont le contrat précise qu’en cas d’absence de descendance commune au roi et à la duchesse, le duché revient à la descendance unique d’Anne. Elle se réserve également la jouissance du duché et prévoit qu’après sa mort, celui-ci reviendra à son second enfant mâle et non à l’aîné. Elle manifeste ainsi sa volonté de perpétuer un duché autonome avec une lignée ducale distincte. Anne donnera naissance à deux filles, Claude et Renée.
Durant ces années, elle vit surtout au château de Blois, mais suit de très près le duché de Bretagne dont elle parvient à maintenir les droits, voire à obtenir des privilèges pour les Bretons.

Anne de Bretagne meurt le 9 janvier 1514, elle n’avait pas encore 37 ans. La Bretagne n’est toujours pas intégrée au royaume de France. Sa fille, Claude, épouse François d’Angoulême, qui devient roi de France en 1515 sous le nom de François Ier.

Le 4 août 1532, les députés des états de Bretagne adressent une requête à François Ier pour la reconnaissance de son fils aîné comme duc de Bretagne, le roi accepte. Il publie un édit d’union le 13 août 1532 à Nantes. Son fils François est couronné duc le 14 août et en septembre, l’édit du Plessis-Macé unit la Bretagne à la France.

(NDLR: ce dernier paragraphe omet de parler de la menace militaire planant sur la réunion des États de Bretagne, des prébendes , des charges et de l’or distribués à certains députés pour les faire voter dans le bon sens; faits dénoncés par Bertrand d’Argentré dans son Histoire de Bretagne publiée quelques années plus tard et interdite par les services du roi de France).