Michel Marion, négociant, armateur et héros de l’indépendance bretonne à l’honneur

Le Comité Michel Marion 2017 vient de voir le jour dans le but d’ériger une statue à Quimper en mémoire de Michel Marion. Ce marchand, armateur et officier ducal s’est distingué en 1487 en armant des navires pour rejoindre la flotte bretonne forte de 50 à 60 navires qui remonta la Loire pour porter secours à Nantes assiégée par les troupes françaises. L’intervention de cette flotte brisa le siège mais Michel Marion y perdit la vie.

Par la suite, Anne de Bretagne dota la fille de Michel Marion de 3000 livres en remerciement des services rendus par son père et lui permit de se marier avec un membre de sa maison.

Quimper 2017. Michel Marion, un héros méconnu à la fête .

De gauche à droite, l’équipe du Lougre, Eric Leost, Jean-Marc Sochard, Gweltaz ar Fur et Jacques-Yves Le Touze.

Article du Télégramme, 9 juillet 2015, par Ronan Larvor.

Fin 2017, à l’occasion de la remise sur le marché des concessions portuaires, la ville de Quimper pourrait remettre la main sur le port du Corniguel. Dans cette perspective, un projet liant l’histoire bretonne, le passé maritime de Quimper, le développement durable et les arts pourrait se concrétiser lors d’une grande fête maritime. Rêvons un peu….

Qui connait Michel Marion ? A Quimper, une impasse porte son nom rive droite, en contrebas de la rue de Pont-L’Abbé. Elle donne sur l’Odet et voisine avec la rue de Penanguer – deux marqueurs du personnage. A Penanguer, Michel Marion possédait un manoir. L’Odet maritime fit sa richesse. Michel Marion était armateur, commerçant et défenseur de l’indépendance bretonne. Voilà suffisamment de qualités pour sortir le personnage de l’oubli. L’histoire se passe au XVe sièvle et sert de moteur à un projet qui brasse l’économie, les arts et le développement durable présenté hier, à Locmaria. L’idée revient à Jacques-Yves Le Touze. Ce Morbihannais a entrepris de rendre visible l’histoire de la Bretagne en balisant le territoire avec des « marqueurs ». A son actif, l’installation d’une statue de Polig Monjarret, co-fondateur de Bodadeg ar Sonerion, à Lorient. « J’ai découvert un article sur Michel Marion dans la revue Manoirs et Châteaux des Pays de Bretagne » dit-il. L’idée d’une statue en l’honneur de l’armateur a été lancée ». L’association éditrice de la revue a vu l’intérêt du projet.  » En 2017, la ville de Quimper pourra se réapproprier le port du Corniguel, explique Gweltaz ar Fur, directeur de la revue. Ce serait l’occasion de promouvoir le nouveau port de Quimper en rappelant le commerce maritime passé du vin, du sel et des toiles ». Tout naturellement l’association du Lougre de l’Odet, qui entretient la flamme du patrimoine maritime, a aussi adhéré.

De Nantes à Quimper

Le personnage de Michel Marion a aussi une dimension politique. « Il naît vers 1450, explique Jean-Marc Sochard, administrateur du Lougre. C’est un fidèle du Duc de Bretagne dont il est l’un des receveurs des finances. En 1487, il vend ses biens pour financer l’armement de sa plus belle caraque et recrute des hommes d’armes. Ils rejoignent la flotte bretonne qui rallie Nantes où le duc François II est assiégé par les forces royales françaises. « Ce fut l’un des premiers épisodes de la guerre d’indépendance de Bretagne qui se terminera l’année suivante à Saint-Aubin du Cormier » précise Jacques-Yves Le Touze. Le siège de Nantes a été levé par les troupes royales mais Michel Marion a péri suite à ses blessures dans les combats. Il n’avait pas 40 ans.

Quimper 2017

Une association de parrainage s’est constituée autour de la revue « Manoirs et Châteaux », l’association nantaise d’écoconception maritime qui promeut le transport de marchandises à la voile et le Lougre. Une réunion de travail a eu lieu avec la Ville. Le but final s’est imposé: organiser une fête maritime en 2017. Elle aurait logiquement lieu à Locmaria, sur le port historiique où sera installée, à cette occasion, la statue en bronze de Michel Marion. On peut aussi rêver à la remontée, depuis Nantes, de bateaux chargés de muscadet, d’une grande fête du fret à la voile tel qu’il se développe à l’image de TOWT (Trans Oceanic Wind Transport), entreprise brestoise spécialisée qui arme des voiliers pour transporter des produits bretons outre-mer. Dans l’immédiat, il faudra trouver des financements pour la statue de Michel Marion. Une campagne de financement participatif est prévue.

Quimper. Michel Marion, l’armateur du XVe siècle, a mérité sa statue.

Article paru dans Ouest-France, 9 juillet 2015, par Ronan Gorgiard.

Commerçant et armateur du XVe siècle, Michel Marion arma une flotte pour libérer Nantes, encerclée par les Français. Il laissa sa vie dans la bataille. Trois associations souhaitent lui rendre hommage.

Si les jeunes Bretons qui viennent de passer le bac sont souvent incollables en matière d’Histoire de France, ils ignorent presque tout de l’Histoire de la Bretagne. Ainsi combien de Quimpérois connaissent-ils la vie de Michel Marion ? Trois associations différentes, Ti ar Vro (qui regroupe les associations dédiées à la culture bretonne), le Lougre de l’Odet et l’équipe de la revue « Manoirs et Châteaux des pays de Bretagne » ont décidé de lui rendre hommage en proposant à la ville de Quimper de lui consacrer une statue sur les bords de l’Odet, place du Stivell.

Libérateur du Duc de Bretagne

« Michel Marion, expliquent Gweltaz ar Fur et Jean-Marc Sochard (qui écrit un ouvrage sur le sujet) est né en 1450 à Quimper. C’était un riche commerçant , armateur et receveur d’impôts pour le duc. A uen époque où un dicton disait Bretagne est Pérou pour la France . Ce qui soulignait la richesse du pays.Penmarc’h ou Loctudy étaient de grands ports marchands.On exportait du lin et du sel, on importait du vin de Bordeaux. »

Ce sont des temps agités. En 1487, le roi de France convoite ce riche pays et les Français font le siège de Nantes où François II, le père d’Anne de Bretagne, est bloqué. « Michel Marion décide alors de vendre toute sa flotte sauf une caraque, sort de caravelle, à l’image de celles de Christophe Colomb, qu’il arme en guerre, avec une centaine d’hommes à bord. Et pourtant, le navire faisait à peine 5 mètres de plus que le lougre Corentin actuel ». Il utilise aussi son argent pour monter une véritable flotte bretonne (notamment avec le Morlaisien Jehan de Coatanlem), ce qui représente une soixantaine de bateaux. Et c’est par un stratagème (il transforme son bateau à l’image d’une des îles de la Loire et arrive par surprise) qu’il casse le siège de la ville. Mais, par contre, il y laisse la vie.

Pourquoi l’hommage ?

Anne de Bretagne, reconnaissante, dotera la fille de Michel Marion de près de 3000 livres. Son père possédait déjà le manoir de Penanguer, au pied de la colline de Penhars, à Quimper, ainsi que le manoir de Kerhuel, à Plonéour-Lanvern. Une rue de Quimper allant de la rue de Penanguer au chemin de halage et à l’Odet porte son nom.

Les Français, eux, ne lâcheront pas l’affaire puisque l’année suivante, ils débarquent avec une armée de 50 000 hommes (1) (c’est colossal à l »époque) et bousculent les Bretons à Saint-Aubin du Cormier laissant 6000 morts sur le carreau.

« Nous avons souhaité cet hommage pour plusieurs raisons, expliquent Gweltaz ar Fur et Jacques-Yves Le Touze, d’abord  parce qu’il est important via cette statue de marquer le paysage de notre propre histoire. La statue pourrait être mise en place dans le cadre du réaménagement de la place du Stivell. Ensuite, parce que le Lougre est jumelé avec le Greyhound, un bateau repratiquant du cabotage à la voile et qu’il nous semble intéressant de faire , de cette manière, revivre le port du Corniguel à Quimper à l’heure où sa gestion doit revenir à la ville ».

Bien entendu, il sera également fait appel à mécènes et sponsors, sans oublier le crowfunding.

(1) le nombre de 50 000 hommes représente la totalité des armées françaises présentes en Bretagne; il y avait entre 16 et 18 000 hommes côté français à la bataille de Saint-Aubin du Cormier.

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Vient de paraître : « Anne de Bretagne » d’Etienne Gasche

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Et si Shakespeare, le grand Shakespeare avait décidé d’écrire une pièce sur Anne de Bretagne ? Un projet financé par sa grande mécène, la reine Elizabeth Ière, d’ailleurs apparentée à la dernière souveraine bretonne. En fouillant dans l’histoire d’Anne de Bretagne, nul doute que le grand dramaturge anglais y aurait trouvé de quoi l’inspirer : fracas des batailles, intrigues politiques, drames humains, personnages tragiques ou comiques… Anne de Bretagne, petite duchesse en sabot et deux fois reine de France est un personnage romanesque à souhait.

Pour mieux nous conter son histoire tumultueuse, l’historien Etienne Gasche se met donc dans la tête de l’homme de théâtre et nous conte de manière alerte et passionnante la tragédie d’une duchesse et de son pays, la Bretagne.

 

Editions Coop Breizh.

Le tombeau de François II, père d’Anne de Bretagne, sera rénové.

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Ouest-France, 24 avril 2015

Ce chef-d’oeuvre devra être démonté, en 2016, et enlevé de la cathédrale, le temps de sa restauration.

L’information est parue sur le site Internet du ministère de la Culture et de la Communication. À la rubrique « Monuments historiques ». On y apprend que le tombeau de François II et de son épouse Marguerite de Foix, dans la cathédrale de Nantes, va être restauré.

Des études, réalisées sous la direction des restaurateurs de sculpture Jean Delivré (en 2009) et Olivier Rolland (en 2013), ont montré la nécessité d’une intervention : « Le soubassement du tombeau se désagrège. » La qualité du marbre se détériore.

La rénovation est estimée à 250 000 €. Elle ne se déroulera pas dans l’édifice religieux, mais dans des ateliers spécialisés. Il faudra donc démonter le monument puis le transporter. L’opération devrait avoir lieu courant 2016. Et la rénovation proprement dite prendra au moins une année. Les travaux seront menés sous la maîtrise d’oeuvre de Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques.

Préservation à long terme

En parallèle, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) va plancher sur les conditions de la préservation à long terme du monument, dans son environnement, compte tenu en particulier de l’humidité des sols. Le projet intègre en outre « la mise en valeur du chef-d’oeuvre auprès du public, notamment grâce à un travail sur léclairage ». Il est aussi envisagé de mettre à disposition des relevés en trois dimensions de l’oeuvre.

Anne de Bretagne, héritière du duché de Bretagne à 10 ans, à la mort de son père François II le 9 septembre 1488, a fait réaliser quelques années plus tard cette sépulture pour ses parents. « Le tombeau est sans doute commandé au début de 1499, lors de son remariage avec le nouveau roi de France, Louis XII, au château de Nantes, explique la Drac. Dessiné par le peintre du roi Louis XII, Jean Perréal, la sculpture est l’oeuvre de l’atelier de lartiste tourangeau Michel Colombe. »

Le monument est d’abord érigé, en 1507, dans l’église du couvent des Carmes. « À la Révolution, le tombeau est sauvé de la destruction par Mathurin Crucy, architecte de la ville, pourtant chargé de le démanteler. Les sépultures sont dispersées et les cercueils de plomb, fondus. En 1817, le monument funéraire est remonté dans le bras sud du transept de la cathédrale, à son emplacement actuel. »

Philippe GAMBERT.

Anne de Bretagne et … la galette-saucisse !

galette-saucisse

Libération, 19 décembre 2014

Mi-chaud mi-froid, ce hot-dog breton à base de blé noir est un symbole du patrimoine local. Tant qu’on ne le badigeonne pas de moutarde…

(….)

Pourquoi cette précision ? Parce que la galette-saucisse est un en-cas purement gallo, donc haut-breton. Du reste, le terme de galette n’existe pas en Basse-Bretagne où lui est préférée la dénomination de crêpe de blé noir, ou bien de sarrasin (salée, donc), par opposition à la crêpe de froment (sucrée). Mais revenons à nos cochons. Et tout d’abord au blé noir – «polygonacée importée d’Asie, qui n’est pas une céréale»,précise doctement Benjamin Keltz -, «massivement semé dans la région au XVe siècle sous les encouragements d’Anne de Bretagne», qui devient la base de l’alimentation bretonne. Pour ce qui est de la saucisse, nul besoin de développer l’ancrage du cochon dans la région, dont les élevages, principalement en Côtes-d’Armor et dans le Finistère, représentent 90% de la production porcine française.

(….)

Anne de Bretagne. Brodée par Le Minor

Gildas Le Minor, entouré de Rodolphe Jarry (parquet général), et Philippe Jeannin (premier président de la cour d'appel), devant la tapisserie des Gobelins de la grande chambre.

Gildas Le Minor, entouré de Rodolphe Jarry (parquet général), et Philippe Jeannin (premier président de la cour d’appel), devant la tapisserie des Gobelins de la grande chambre.

Le Télégramme, 20 décembre 2014

Anne de Bretagne sera bientôt de retour à Rennes, la capitale de son ancien duché. Gildas Le Minor, dirigeant de la célèbre maison Le Minor, spécialisée dans la broderie, a décidé de lui rendre hommage, à l’occasion du 500e anniversaire de sa mort, en impulsant la création d’une gigantesque tapisserie brodée. Elle sera exposée au Parlement. Pour le 500e anniversaire de la mort d’Anne de Bretagne, le Bigouden Gildas Le Minor dirigeant de la maison Le Minor, spécialisée dans la broderie, a voulu honorer sa mémoire par une création monumentale : une tapisserie brodée à la main, qui sera installée dans l’emblématique espace public du Parlement de Bretagne. L’idée, née d’un rêve, a tant séduit qu’elle est devenue un vrai projet, prêt à se concrétiser. Tout est parti d’une bannière, commandée à l’atelier de Pont-l’Abbé (29) par le comité Anne de Bretagne, raconte Gildas Le Minor. Mais la mémoire de la souveraine n’est guère présente à Rennes, aujourd’hui capitale de son ancien duché. Une anomalie, a estimé le dirigeant de la broderie Le Minor, en se promettant d’y remédier. Et de belle manière ! Par une oeuvre qui ferait la fierté de sa grand-mère, Marie-Anne Le Minor, l’amie des artistes de son temps (René-Yves Creston, Mathurin Meheut, Colette, Jean Lurçat…) et fondatrice, voici 78 ans, de l’atelier du même nom, qui devait donner à la broderie d’art ses lettres de noblesse. Et par l’assurance de son rayonnement, grâce à sa présence sur un site prestigieux propre à honorer la reine. Le Parlement, ce puissant monument symbole des États de Bretagne, dont il est le dernier avatar de la Cour souveraine, s’imposait comme le lieu idéal.

Bonnes surprises

Il ne restait plus qu’à convaincre les interlocuteurs, sans lesquels rien n’est possible. Ce n’était pas gagné, craignait le Bigouden avant de voler de bonne surprise en étonnement émerveillé. Les deux chefs de la cour d’appel, évidemment, ont été saisis. Bonne pioche : Véronique Malbec, procureure générale, et Philippe Jeannin, premier président, adhèrent à l’idée avec enthousiasme. Henry Masson, le directeur régional des Monuments historiques, lui aussi, est immédiatement séduit. L’office de tourisme de Rennes, chargé de l’accueil des 25.000 visiteurs annuels du bâtiment, applaudit des deux mains, comme Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la région chargé de la culture et l’association d’entreprises « Produit en Bretagne ».

Une esquisse soumise début 2015 à un comité artistique

Et tout ce monde-là s’est engagé avant même de savoir à quoi pourrait ressembler l’oeuvre qu’il fallait soutenir. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il s’agira d’une création contemporaine représentant Anne de Bretagne, et que deux artistes ont été sollicités pour formuler, chacun, une proposition. Ils ont déambulé dans le Parlement pour s’inspirer du lieu et apprécier les espaces, de manière à y adapter leur esquisse et ses dimensions. Ces esquisses seront soumises début 2015 à un comité artistique associant des conservateurs, des universitaires, une fondation culturelle, et les partenaires parmi lesquels les plus hauts magistrats de Bretagne joueront, une fois n’est pas coutume, le rôle de jurés. La réalisation qui suivra est estimée à un minimum de 1.500 heures de travail pour le brodeur qui en sera chargé. On peut espérer que la tapisserie pourra prendre sa place au Parlement avant deux ans. La reine Anne y disputera alors la vedette au connétable Bertrand Duguesclin, dont la mort est illustrée par une gigantesque tapisserie tissée en 1904 par les ateliers des Gobelins. « C’est un superbe travail de basse-lice, de chaîne et de trame, mais il ne peut pas donner l’impression de relief que seuls peuvent créer les points variés de la broderie », commente Gildas Le Minor. Pour lui, le temps est révolu où l’académisme voulait que la tapisserie soit un art majeur quand la broderie n’était qu’un ouvrage de dames.

Note du Comité: bien entendu, Rennes n’était pas la capitale du Duché de Bretagne qui était Nantes. Rennes en revanche est la ville du couronnement des souverains bretons.