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Léonard de Vinci. L’ombre du génie dans la cathédrale de Nantes

Une sculpture du tombeau des ducs de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes, pourrait représenter le génie de la Renaissance.

Une sculpture du tombeau des ducs de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes, pourrait représenter le génie de la Renaissance.

Le Télégramme, 1er mai 2019

Il y a 500 ans, le 2 mai 1519, Léonard de Vinci rendait son dernier souffle. Le génie de la Renaissance n’a jamais mis les pieds en Bretagne. Son ombre plane pourtant sur la cathédrale de Nantes. Surtout lorsqu’on s’approche d’une sculpture énigmatique…

Une statue de Léonard de Vinci dans la cathédrale de Nantes ? L’hypothèse a été émise par l’historienne Sophie de Gourcy, dans un livre publié en 2015. Intitulé « Le tombeau des ducs de Bretagne », l’ouvrage analyse en détail le monument funéraire commandé par Anne de Bretagne pour honorer la mémoire de ses parents, François II et Marguerite de Foix.

Selon Sophie de Gourcy, il n’est pas impossible que le peintre Jean Perréal, l’un des concepteurs du tombeau, ait pris pour modèle le génie de la Renaissance pour représenter un vieillard… que l’on ne voit pas forcément au premier coup-d’œil. Son visage apparaît en effet à l’arrière d’une sculpture à double face, qui est une allégorie de la prudence.
Pour étayer son hypothèse, l’historienne souligne que Perréal a rencontré Vinci. Elle note aussi que la statue présente des points communs troublants avec l’artiste italien, notamment le mouvement caractéristique de la bouche, ou encore la forme du nez.


« Faisceau de coïncidences »


À l’époque, ce qui n’est qu’un détail dans le livre, attire immédiatement l’attention des médias. Le quotidien nantais Presse Océan titre en Une : « La face cachée de Vinci ». « Je ne pensais pas qu’on en tirerait autant d’intérêt », sourit Sophie de Gourcy. « C’était une simple hypothèse de travail, un faisceau de coïncidences que je faisais remarquer ».

Des voix plus critiques se font aussi entendre. Tout en reconnaissant que le livre est remarquable, certains pointent un problème, que l’historienne n’esquive pas. « Le vieillard de Nantes ressemble à un portrait de Léonard de Vinci de 1512, alors que le tombeau a été commandé en 1499. Il y a en quelque sorte un problème de dates ! », reconnaît-elle.

Ce portrait est tout à fait énigmatique

« Le portrait n’est pas forcément Léonard. Jean Perréal a voulu représenter un homme qui évoque la sagesse, la mémoire. C’est une figure idéalisée de l’artiste au sens large », poursuit Sophie de Gourcy. Qui observe, en passant, que « déjà à l’époque, Léonard de Vinci est connu internationalement et qu’il est précisément… cette figure idéalisée de l’artiste ».

« Ce portrait est tout à fait énigmatique, il correspond bien à la pensée de l’époque. Dans les années 1500, on est encore dans l’esprit du Moyen-Âge. Une image a plusieurs niveaux de sens, elle doit déclencher une multitude de raisonnements. On utilise les symboles, les allégories. C’est pour cela que je peux me permettre d’émettre cette hypothèse », explique l’historienne.


« Une leçon de bon gouvernement »


C’est pour cela également « qu’isoler une image ne permet pas de rendre compte de la richesse du message qu’Anne de Bretagne voulait envoyer », souligne Sophie de Gourcy. Le tombeau est en effet « une véritable leçon de bon gouvernement ». Force, tempérance, justice, prudence : les statues d’angle représentent le chemin vertueux que doivent suivre les princes. « Anne de Bretagne a des solutions, qu’elle puise dans l’Antiquité, dans la littérature », explique l’historienne, avant de conclure : « Je présente souvent ce tombeau et les visiteurs sont enthousiasmés par la richesse du message. C’est une lecture qui est encore d’actualité ». Avec ou sans Léonard de Vinci

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