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La Duchesse Anne et Saint-Nazaire

CREDIB, 2 novembre 2014

La Duchesse Anne et Sant-Nazer/Saint-Nazaire

Le nom de la dernière souveraine de Bretagne reste très attaché à la cité navale. Il faut savoir que la vicomté de Saint-Nazaire a été créée en 1423 par le démembrement de la vicomté de Donges. On découvre au fil de la consultation des archives conservées au Centre de Documentation de la Ville des documents anciens allant du 15e au 18 e siècle. A l’image de la dernière souveraine des Bretons on découvre des femmes de caractère comme ces vicomtesses qui ne s’en laissent pas compter. Le droits breton (contrairement au droit français) qui sera supprimé par la Révolution bourgeoise de 1789 donnait des droits égaux aux femmes nobles dans la transmission des biens et du pouvoir.

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Charte de Maximilien d’Autriche et d’Anne de Bretagne.

Le système complexe de l’organisation du territoire nazairien, qui englobe alors une partie de la future commune de Pornichet, est très représentatif de l’organisation humaine de la Bretagne d’alors avec le recteur, le Général de paroisse et les frairies. Dans les archives on découvre le conflit qui a longtemps opposé Saint-Nazaire et Guérande concernant le refus de la paroisse nazairienne de participer aux frais de réparation des fortifications des remparts guérandais. Parmi les documents sauvegardés, la charte du duc de Bretagne Pierre II datant de 1454, entérinant l’exonération de Saint-Nazaire. Anne de Bretagne va conforter les Nazairiens dans leurs droits en 1489 et 1491 par des chartes dont celle, en date du 16 avril 1491, signée par « Maximilian et Anne, par la grâce de Dieu, roi et reine des Romains, ducs de Bretagne, etc. ». À l’époque, le duché de Bretagne envisage un moment une union avec l’Autriche pour éviter son occupation militaire par son voisin français. Longtemps après, Nazairiens et Guérandais vont continuer à s’affronter à coups de procès. Les Nazairiens arguent qu’ils assurent eux-mêmes leur défense et que la ville fortifiée de Guérande est trop éloignée pour qu’ils y trouvent refuge en cas d’attaque ennemie.

Magasin nazairien «A la Duchesse de Bretagne»  

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David Silvestre a retrouvé une carte postale publicitaire des années 1910 du magasin «A la Duchesse Anne». Ce magasin, situé au 22 rue Villes Martin, pratiquement en face du Grand Café, était très prisé des Nazairiens jusqu’à sa destruction par les bombardements de 1943. On peut aussi remarquer au passage que jusqu’à une époque récente on parlait plus de «la Duchesse Anne» que «d’Anne de Bretagne». Cette dernière appellation peut être comprise d’une manière quelque peu ambiguë car elle ne signifie pas la souveraine mais la femme d’un souverain en l’occurrence de deux rois de France successifs. Si pour les historiens c’est compris ainsi, il n’en est pas de même pour le peuple breton qui dans «Anne de Bretagne» et sa forme bretonne «Anna Vreizh» / «Anna Breizh» il reconnaît la dernière souveraine de l’Etat breton.

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Galathea à Herbins met à l’honneur Anna Vreizh 

Le nouvel EPAD d’Herbins «Galathea», qui a fait un gros travail dans sa signalétique bilingue breton/français à la demande son directeur Ludovic Le Merrer, a naturellement à coté du salon Nominoe, 1er roi de Bretagne, une salle d’activité au nom de la dernière souveraine de la nation bretonne, Anna Vreizh. Un exemple à suivre par nos édiles…

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Anne de Bretagne, une féodale ? La souveraine d’une principauté ?

Frédéric Morvan

Article de Frédéric Morvan

Agrégé d’histoire, docteur en histoire médiévale (sur les hommes d’armes du duché de Bretagne de 1213 à 1381)

Anne de Bretagne, une féodale ? La souveraine d’une principauté ?

Dans un récent entretien à France 3 Pays de Loire, l’historien moderniste, Alain Croix, mentionne qu’Anne de Bretagne (1477-1514) appartenait à la féodalité.

Qu’en est-il vraiment ?

La féodalité a reposé sur le système de la vassalité conjuguée au fief (le plus souvent l’obtention d’une terre). Le plus souvent, on pense que la féodalité est liée au Moyen Age, c’est oublier facilement qu’elle a perduré en France jusqu’à la Révolution. Ce que l’on ne sait que trop peu est que le duché de Bretagne relevait du duché de Normandie depuis le Xe siècle, mais comme ce dernier fut conquis, avec l’aide des Bretons, au tout début du XIIIe siècle, par le roi Philippe Auguste de France, les ducs de Bretagne devaient prêter hommage aux rois de France. Cet hommage était une formalité ; les rois de France et ducs de Bretagne étant très proches parents. Dans la première moitié du XVe siècle, cela se passait toujours bien, les administratifs (la Chancellerie) royaux de France exigeaient l’hommage lige au duc de Bretagne, qui refusait cette soumission (il fallait se mettre à genoux) et cela finissait par l’intervention du roi de France, impatient d’aller à son banquet, qui remettait cela à un autre jour. Et puis le roi avait si besoin des troupes bretonnes pour combattre les Anglais. Nous étions alors en pleine guerre de Cent ans.

François II, Duc de Bretagne

Avec le roi Louis XI et sa fille, la régente  Anne de Beaujeu, les choses changèrent. Ils affirmèrent leur autorité de monarques féodaux en exigeant l’hommage des ducs de Bretagne, usant très souvent de la force pour l’obtenir. François II, battu, dut obtempérer. Par ailleurs, Anne de Bretagne vit son mariage avec Maximilien d’Autriche annulé sous prétexte qu’elle n’avait pas eu l’autorisation de son seigneur supérieur, le roi de France.  Ce rappel à l’ordre féodal s’explique aisément par le contexte. La monarchie féodale de France se trouvait particulièrement menacée par les progrès de ce que l’on nomme les principautés : la Bourgogne (en fait de la Hollande à la Franche-Comté) à l’Est (dont le régent fut Maximilien d’Autriche) ; au sud-ouest, Foix-Navarre (appartenant à la famille maternelle d’Anne) ; au sud-est, la Provence et bien sûr à l’ouest, la Bretagne.

Les ducs de Bretagne, les souverains d’une principauté

En Bretagne, dans la seconde moitié du XVe siècle, les ducs de Bretagne, ce fut bien sûr le cas d’Anne de Bretagne, se faisaient couronner en la cathédrale de Rennes par l’évêque de Rennes et se titraient ducs par la grâce de Dieu. A la mort de son première époux, Charles VIII, alors veuve, Anne de Bretagne reprit son titre de duchesse de Bretagne par la grâce de Dieu. Cette évolution était appuyée par un nouveau personnel peuplant l’administration, la justice, les finances et l’armée bretonne dont l’organisation était de plus en plus efficace comme le montre les documents d’archives. Par ailleurs, ces principautés étaient souvent riches et ouvertes sur le monde. Le mariage de la mère d’Anne, Marguerite de Foix-Navarre, avec son père, François II, ne doit rien au hasard. Sa mère était une très proche cousine des très riches rois de Portugal, de Castille et d’Aragon, en passe de dominer la Méditerranée et de faire la conquête du Monde. Il ne faut pas oublier qu’Anne était vivante lorsqu’elle apprit que Christophe Colomb envoyé par sa cousine Isabelle la Catholique de Castille avait découvert l’Amérique.

Ces principautés ne faisaient guère confiance en la féodalité, pour elles pas assez efficace et surtout pour ses plus riches membres bien trop proches des rois de France qui les pensionnaient, sans compter leurs immenses biens qu’ils disposaient dans le royaume de France. Leurs  princes, dont François II et Anne, peuvent être considérés comme des souverains car ils préféraient s’adresser à leurs sujets qu’à leurs vassaux.

Anne, la dernière duchesse souveraine de Bretagne

Lorsqu’Anne comprit que son second époux, Louis XII, refusait le mariage de leur fille Claude avec Charles d’Autriche (cousin d’Anne), ce qui permettait à la Bretagne de rester ouverte sur le monde, Charles étant l’héritier du plus grand empire commercial du monde, elle partit en Bretagne dans son duché, pour y faire le « tour », ce que l’on nomme en breton le Tro Breizh. Son but était bien sûr politique. Elle voulait démontrer ainsi à son royal époux qu’elle avait le soutien de ses sujets. Si elle avait été une simple princesse féodale, elle aurait, et c’était son droit, convoqué ses vassaux immédiats (c’était tout ce qu’elle avait droit de faire) en un lieu, comme le fit son ancêtre, Jean II en 1294, à Ploërmel, alors considérée comme une sorte de « capitale du duché ». Mais elle ne le fit pas car elle savait que ces vassaux n’allaient pas venir avec leurs propres vassaux, d’autant plus qu’un certain nombre demeurait à la cour de France ou tout simplement n’appréciaient pas le comportement justement guère féodal de la duchesse-reine. En effet, elle s’adressait directement à leurs propres vassaux, passant au dessus de leurs têtes, considérant tous les Bretons comme ses sujets.