Le cœur d’or d’Anne de Bretagne exposé au château

L’Eclaireur, 5 juin 2014

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Férus d’Histoire, amateurs de trésors ou simples curieux… Tous ont rendez-vous au château de Châteaubriant, entre le 14 juin et le 28 septembre, pour une exposition exceptionnelle.

Cette exposition, c’est celle de l’écrin en or ayant accueilli le cœur d’Anne de Bretagne (1477-1514). Il y a 500 ans, mourrait la Duchesse de Bretagne et Reine de France. Elle avait 37 ans. Epuisée physiquement après une énième fausse couche, elle rendait l’âme au château de Blois.

Sa dépouille fut inhumée à la basilique de Saint-Denis mais, à sa demande, son cœur allait retrouver sa chère Bretagne : elle souhaitait en effet qu’il soit conservé au couvent des Carmes, à Nantes, dans le tombeau de ses parents, François II et Marguerite de Foix.

500e anniversaire

« C’était une pratique courante chez les nobles, à l’époque, explique Camille Broucke, responsable du pôle Conservation au Musée Dobrée de Nantes. Ils faisaient extraire leur cœur pour qu’il reposedans un endroit qui leur était cher ».

Pour recueillir le cœur d’Anne de Bretagne, un écrin en or, en forme de cœur surmonté d’une couronne, fut fabriqué. C’est lui qui sera au centre de l’exposition présentée par le Musée Dobrée au château de Châteaubriant, du 14 juin au 28 septembre.

Un événement en lien avec le 500e anniversaire de la mort de la Duchesse, mais aussi motivé par les récentes découvertes inédites des chercheurs du Musée Dobrée ayant expertisé l’écrin. « Ces découvertes portent sur sa fabrication et sa composition exacte notamment ».

Les résultats de ces recherches seront dévoilés par cette exposition, composée par ailleurs de quelque 80 pièces en lien avec l’histoire ou l’époque d’Anne de Bretagne : manuscrits, peintures, monnaies, sculptures… « Au Musée Dobrée, on conserve une partie du couvent des Carmes de Nantes, qui a été détruit durant la Révolution. Cela nous permettra de resituer l’écrin dans son contexte d’origine, pour la première fois. Il y aura aussi des moulages des gisants du tombeaux des parents d’Anne de Bretagne », précise Laure Barthet, directrice du musée nantais.

Le cœur aurait disparu au XVIIIe siècle

Et le cœur de la Duchesse lui-même, au fait ? Qu’est-il devenu ? « On a des traces écrites, datées du XVIe siècle, qui indiquent qu’il était encore dans l’écrin. Mais on a aussi un écrit daté de 1727, qui dit qu’il n’y avait plus rien à l’intérieur », racontent les responsables. « Il semble que le cœur ait disparu au cours du XVIIIe siècle : le couvent des Carmes a été inondé plusieurs fois et sous l’effet de l’eau et du temps, le cœur s’est complètement dégradé ».

L’écrin lui-même aurait bien pu disparaître lui aussi, fondu comme tant d’autres objets en or par les services de la Monnaie de Paris alors que la Nouvelle République essayait de se sortir d’une grave crise financière… « Mais il a finalement été sorti du lot, en tant qu’objet patrimonial d’une grande valeur ». Conservé un temps à la Bibliothèque nationale, il reviendra à Nantes et au futur Musée Dobrée au XIXe siècle. « C’est un objet totalement emblématique et rarissime. On voudrait faire prendre conscience de cela aux visiteurs : leur dire qu’ils ont la chance d’avoir un patrimoine exceptionnel », insiste Laure Barthet.

Cette exposition sera conçue pour séduire tous les publics : qu’ils soient passionnés d’Histoire ou simplement en quête d’une sortie à faire en famille ; et qu’ils soient prêts à y consacrer une heure ou simplement 20 minutes. Pour toucher le plus large public possible, les responsables comptent notamment sur une « attraction » inédite : une modélisation 3D et interactive de l’écrin qui permettra de le manipuler et de l’ouvrir virtuellement.

Un écrin en 3D à manipuler

« On voulait casser l’effet vitrine : on ne pouvait pas présenter l’écrin à la fois ouvert et fermé ; et on ne pouvait évidemment pas le laisser manipuler par le public. D’où l’idée de cette modélisation, commente Laure Barthet. L’objet a été photographié sous toutes ses coutures. La précision est au micron près ! Même nous, on redécouvre cet objet grâce à cette technique ».

Un pupitre permettra d’accéder à cette modélisation qui sera projetée sur un écran géant. Par ailleurs, des écrans tactiles seront aussi dispatchés au fil de l’exposition, afin de rendre celle-ci plus vivante.

Ou comment faire rentrer Anne de Bretagne à l’ère numérique ! « Cet écrin peut être interprété aussi comme un message politique et comme un moyen qu’avait la Reine de contrôler son image, déjà à l’époque », observe la directrice. On peut imaginer alors que la Duchesse de Bretagne aurait adoré cette nouvelle technologie qui sert désormais à alimenter le mythe…

Cécile Rossin

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