Sur les pas d’Anne de Bretagne, une visite guidée au cœur de l’histoire de Nantes

France 3 Nantes, 15 avril 2014

A l’occasion du 500e anniversaire de la mort d’Anne de Bretagne, l’office de tourisme de Nantes propose jusqu’au 17 mai une dizaine de visites guidées à travers la ville pour découvrir les lieux que la duchesse a pu fréquenter. Nous nous sommes invités à l’une d’entre-elles…

  • Par Eric Guillaud
© éric guillaud
© éric guillaud
Anne de Bretagne aimait-elle le soleil ? Peut-être que non, à cette époque-là, à Nantes ou ailleurs, la mode était à la peau blanche. Quant à nous, nous ne bouderons pas notre plaisir, en ce doux samedi d’avril, le ciel est d’un bleu éclatant et le soleil réconfortant. Un temps idéal pour se lancer sur les pas d’Anne de Bretagne, un parcours de deux kilomètres à peine à travers la ville. C’est parti…
© Capture d'écran Google Maps
© Capture d’écran Google Maps

Et c’est Françoise de Cossette qui nous guide. Françoise est guide conférencière, professeur d’histoire de l’art à l’école Brassart et à l’université permanente pour l’association Artaban qui oeuvre pour la promotion de l’art et du patrimoine.

Nous sommes huit ce jour-là à vouloir tout connaître d’Anne de Bretagne : deux jeunes femmes suisses, une Parisienne et cinq Nantais. Premier constat, la proximité n’exclut pas l’ignorance et la soif de connaissance. Elle n’exclut pas non plus l’indifférence, huit personnes en cette année de célébration peut sembler finalement assez peu.

© éric guillaud
© éric guillaud

Une petite présentation générale de la matinée et nous rejoignons la ligne de départ, le château, pour un rappel du contexte historique et un premier survol de l’existence d’Anne de Bretagne, depuis sa naissance ici au château de Nantes jusqu’à sa mort au château de Blois.

L’occasion aussi d’évoquer ce joyau dont les Nantais sont si fiers. De robustes remparts en granit et schiste côté ville, un palais résidentiel en pierre de tuffeau côté cour, le château annonce la couleur : l’époque d’Anne de Bretagne se situe quelque part entre le moyen-âge et la Renaissance, un moment clé de l’histoire de France.

© éric guillaud
© éric guillaud

Bien que Anne vécut finalement relativement peu entre les murs du château de Nantes puisqu’elle se maria et devint reine de France à l’âge de 14 ans, elle eut tout de même le temps de laisser sa marque, nous précise Françoise de Cossette, par différents travaux d’embellissement comme les deux magnifiques étages de loggias ajoutés à la tour de la Couronne d’Or.

Réuni au pied de la tour, le groupe écoute religieusement Françoise de Cossette. Angela et Nicolle viennent de Lausanne où elles sont respectivement coach pour entreprises et responsable à La Poste suisse. Elles n’ont jamais entendu parler d’Anne de Bretagne, très peu de l’histoire de France d’ailleurs, un chouillat quand même du Roi Soleil. « Avant d’aller en Bretagne cet été, nous voulions découvrir Nantes et son histoire qui nous semblait particulièrement riche. Les visites guidées nous permettent de mieux comprendre l’histoire et de ne pas passer à côté de quelque chose d’important » .

© éric guillaud
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Avant de quitter la cour du château, tous les regards se tournent une dernière fois vers la magnifique façade blanche, avec l’espoir peut-être de découvrir derrière quelle fenêtre put bien naître la duchesse. Nous n’en saurons rien aujourd’hui. Le mystère fait aussi partie de l’histoire du château et de la duchesse Anne.

Direction le cours Saint-Pierre puis la place Marc Elder où se trouve le bronze d’Anne de Bretagne réalisé par Jean Fréour au début des années 2000. Largement imprégné de la culture bretonne, issu du mouvement artistique breton Seiz Breur, Jean Fréour a représenté la duchesse en bonne paysanne bretonne, un large manteau sur le dos, un robe simple, des sabots aux pieds. C’est le mythe de la duchesse en sabots, proche du peuple. D’ailleurs, posée à même le sol, la statue permet à chacun d’approcher la duchesse, de toucher le mythe…

© éric guillaud
© éric guillaud

Le bronze est magnifique, la femme représentée plutôt belle. Mais Anne de Bretagne ressemblait-elle vraiment à ça ? Difficile à dire, à l’époque, les représentations n’avaient aucun souci de ressemblance, il fallait juste mettre en valeur la fonction. Un peu plus loin dans la visite, Françoise nous montrera un portrait de la duchesse, pas aussi flatteur !

© éric guillaud
© éric guillaud

Haut du front épilé, nez disgracieux… une chose est sûre, cette Anne de Bretagne là correspond moins aux codes actuels de la beauté.

Nous empruntons ensuite la rue du Château, débouchons sur la place du Pilori, le cœur de la cité à l’époque d’Anne de Bretagne.

Audrey est parisienne, elle travaille dans le marketing. Avec son amie Marine, auditrice interne, elles ont décidé de se joindre à l’expédition pour découvrir le personnage et plus encore la ville. Marine est nantaise, elle connaît donc parfaitement les ruelles du centre-ville, surtout les boutiques qu’elles abritent, peut-être moins l’histoire et l’architecture des lieux. C’est le sens de leur présence ce matin…

© éric guillaud
© éric guillaud

On remonte maintenant la rue de Briord où se cachent les vestiges de deux hôtels particuliers, dont celui de la préceptrice d’Anne de Bretagne, Françoise de Dinan. L’occasion pour Françoise de Cossette de nous rappeler que l’éducation de la duchesse Anne reposait sur l’enseignement des lettres, du latin, du grec, et qu’elle ne parlait pas breton.

Le choc ! Un mythe s’effondre. Ainsi donc, celle que beaucoup considèrent comme une icône de la Bretagne indépendante ne parlait pas la langue celtique mais le français.

© éric guillaud
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Cela ne surprend guère Patrick. Pour lui, qu’elle ait ou non parlé le breton n’enlève rien à ce qu’elle a fait. D’ailleurs, s’interroge-t-il, « qu’a-t-elle vraiment fait ? Est ce qu’elle a favorisé le rattachement de la Bretagne à la France ou résisté comme elle pouvait aux velléités des rois de France et sauvé ce qu’elle pouvait ?« . Sur ce point, les analyses divergent et la part d’ombre et de mystère qui enveloppe cette histoire permet à chacun d’imaginer sa propre réalité.

Patrick est un chef d’entreprise aujourd’hui à la retraite. Il habite à côté de Nantes et se sent profondément breton. Il connaît plutôt bien cette époque et cette visite guidée est pour lui l’occasion de rafraîchir sa mémoire. Et si la réforme territoriale annoncée par le nouveau Premier ministre Manuel Valls se concrétisait, Patrick trouverait logique que la Loire-Atlantique soit rattachée à la Bretagne : « Après tout, le château des ducs de Bretagne ne se trouve-t-il pas à Nantes ? ».

© éric guillaud
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Mais chut, la visite se poursuit. Après un petit détour par la préfecture ou se trouvaient à l’époque la chambre des comptes de Bretagne et la ménagerie du duc avec ses lions, loups et autres lynx, le petit groupe arrive à un moment clé de la visite : la cathédrale. C’est ici que se trouve le tombeau de François II et de Marguerite de Foix, les parents d’Anne de Bretagne. Un monument dessiné par Jean Pérréal et exécuté par le sculpteur Michel Colombe. Commandé par Anne en 1499, le chantier occupa cinq compagnons, tailleurs de pierre et sculpteurs, pendant cinq ans. Et le résultat est des plus imposants !

Le groupe de visiteurs, très sage, très attentif depuis le début, s’attarde, fait le tour du monument, s’approche pour apprécier les détails et peut-être voyager un instant, un instant seulement, dans le temps…

© éric guillaud
© éric guillaud

La visite s’achève. Chacun repart vers ses occupations quotidiennes avec le sentiment d’en savoir un peu plus sur le parcours exceptionnel de cette femme qui fût deux fois reine de France. Ses funérailles qui durèrent quarante jours marquèrent les esprits au point de servir de référence pour les funérailles royales jusqu’à la Révolution française. « Un mythe était né, un mythe folklorique mais sympathique »,  conclut notre guide d’un jour Françoise de Cossette.

Plus d’infos sur la visite Sur les pas d’Anne de Bretagne organisée jusqu’au 17 mai par l’office de tourisme de Nantes

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