Deux Nantaises primées parmi les meilleures oeuvres au concours international d’enluminures sur le Tro Breizh d’Anne de Bretagne.

ABP, 4 mars 2014

Article de Didier Lefebvre

Elsa Millet Voir le site championne de la catégorie professionnels, et Marthe RougieuxVoir le site troisième de cette même catégorie honorent Nantes dans ce concours international d’enluminures organisé par l’Institut Culturel de Bretagne (ICB) Voir le site Les prix en ont été remis dans ce merveilleux Hôtel de Ville de Vannes Voir le site sous le vitrail représentant le mariage de Anne de Bretagne avec Charles VIII, en présence de monsieur Gabriel Sauvet, adjoint au maire à la Culture, représentant aussi ici l’agglomération. Les présidents de l’ICB, Patrick Malrieu, et celui du Comité Anna Breizh, Jacques-Yves Le Touze, entouraient Monig Loosen-Baron, organisatrice.

enluminures (12)

L’oeuvre d’Elsa Millet.

Des cinq coins de la Bretagne, des quatre côtés de l’hexagone, et d’au-delà des mers
Initié par l’ICB, et relayé par le Comité Anna Breizh Voir le site et [Voir ABP 31640] le thème de ce concours [Voir ABP 32968] a attiré, plus de 20 artistes, dans les catégorie amateur et professionnel. Quatre collégiens de Skolaj Diwan (collège Diwan) de Saint-Herblain avaient également proposé leurs œuvres.

Cinq candidats venaient du Pays Nantais, montrant ainsi leur attachement à la Duchesse Anne de Bretagne, nantaise, faut-il le rappeler ? Parmi ceux-ci, deux candidates ont obtenu les premier et troisième prix. Ces deux enlumineures (1) Elsa Millet (2) et Marthe Rougieux (3), sont issues de l’Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit d’Angers Voir le site 
Une oeuvre est parvenue du Québec, qui termine deuxième, et une autre est parvenue de Jersey. Quant au reste de la France, notons une candidature d’une Marseillaise et d’une Grenobloise. Rappelons ici que la Duchesse alla jusqu’à Grenoble lorsqu’elle accompagnait Louis XII, son roi de mari, s’en allant guerroyer aux portes de l’Italie, au-delà des Alpes.

Pourquoi un concours d’enluminures ayant pour thème le Tro Breizh d’Anne de Bretagne ?

Pourquoi Anne de Bretagne ? La Duchesse a disparu il y a maintenant 500 ans, usée de tant de maternités, morte de la gravelle.
La Bretagne commémore, en cette année 2014, le 500e anniversaire de sa disparition. Elle fut trois fois reine, dont deux fois reine de France, mariée sous la contrainte à Charles VIII en 1491, afin d’éviter l’anéantissement de la Bretagne et de son peuple. Ce mariage fut possible grâce à l’annulation, demandée par Charles VIII, de son mariage officiel avec Maximilien d’Autriche (qui n’a pu alors venir la secourir lors du siège de Rennes). Mariée une seconde fois à un roi de France, Louis XII, en 1499, elle n’était alors plus en position de faiblesse, et put négocier dans son contrat de mariage le retour d’une grande autonomie de la Bretagne, dans la pérennité. Contrat qui fut bafoué par François 1er en 1515. À ce titre, elle est restée dans le coeur de tous les Bretons.

Tout l’amour de Anne pour la Bretagne dans son Tro Breizh. Fortement malade, Louis XII eut une guérison inexpliquée durant l’hiver 1504-1505. De par sa grande piété, Anne décide d’aller une nouvelle fois dans la forêt de Le Folgoët pour se recueillir. L’occasion de faire son Tro Breizh (tour de Bretagne), durant cinq mois. Elle fit aussi ce voyage pour montrer son désaccord avec Louis XII qui – sous la pression de Anne de Beaujeu, soeur de feu Charles VIII et de Louise de Savoie, mère du comte d’Angoulême qui devint François Ier – avait consenti à marier leur fille aînée Claude à François. Elle montra, lors de ce Tro Breizh, son attachement pour la Bretagne et son amour pour le peuple breton, qui le lui rendit bien. Et le lui rend bien encore.

Pourquoi un concours d’enluminures ? Anne de Bretagne fut ce que l’on appellerait aujourd’hui une reine éclairée. La première. C’est elle qui la première cessa d’être une potiche au côté du roi. Au contraire, elle recevait les ambassadeurs, mais fit entrer les Arts à la Cour.
Jean Bourdichon réalisa pour elle le célèbre Livre des Grandes Heures Voir le site oeuvre d’enluminures unique au monde qui lui demanda 5 années de travail, il est conservé précieusement à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) Voir le site 
Ce livre a été numérisé par la BNF et sa version numérique est en ligne Voir le site Une reproduction fidèle de 1850 a par ailleurs été photographiée par Michel Thierry, photographe (4).
Odile Duramy Voir le site enlumineure et membre du jury, organisera une conférence le 13 mars à 18 heures au Palais des Arts de Vannes. « Dix ans sont nécessaires pour dominer les techniques de l’enluminure », insiste-t-elle.

L’enluminure racontée par Elsa

Huit étapes sont nécessaires avant que l’enluminure soit achevée. Tout commence par le dessin sur une feuille à part. Ensuite le parchemin est tendu. On y reporte les formes de base, puis on réalise la calligraphie. Après, on reporte le dessin, on procède à l’encrage, on colle les feuilles d’or (découpage délicat), enfin on met en couleur. Plus de 50 heures ont été nécessaires à Elsa pour réaliser son oeuvre, primée.

Les pigments selon Elsa

Les pigments étaient au début principalement d’origine animale. Elsa Millet utilise encore ceux issus de murex pour le pourpre (c’est un coquillage), ou de la cochenille (un insecte) pour le rouge. Les autres sont issus de terres.
Elle se fournit en Auvergne. Les pigments sont mélangés avec une détrempe médiévale (selon la recette médiévale), sélectionnée selon ses qualités de liant et de fixatif. Elle travaille principalement à la lumière du jour, mais aussi à la lumière électrique, ampoules spéciales blanches. Les pinceaux étaient à l’époque en poils de martre. Aujourd’hui, elle utilise des synthétiques.
Les feuilles d’or sont effectivement en or, mais, rassurez-vous, elles sont fines, très fines. Aujourd’hui, elles font en règle générale 2 microns (il en faudrait 500 l’une sur l’autre pour faire un cm !!!), ça tombe bien, c’est un peu cher. À l’époque médiévale, elles étaient cinq fois plus épaisses.

Les différents types de parchemin
La qualité du rendu réside dans celle du parchemin. Le plus souvent, il provient de la chèvre. Les plus épais proviennent du porc (5 mm), le plus délicat et de la meilleure qualité provient du veau… mort-né. C’est le vélin. On ne trouve que deux fournisseurs en France.

Que vont devenir les oeuvres ?

Avec l’autorisation de leurs auteurs (en cours d’obtention), ces oeuvres vont faire aussi leur Tro Breizh avec le Comité Anna Breizh comme chef d’orchestre.
Dans les quatre départements de la région administrative Bretagne, elles tourneront dans des agences du CIC (Crédit Industriel et Commercial).
L’association Bretagne Plus de Nantes Voir le site envisage de les faire venir à Nantes ; elle espère les exposer dans un lieu prestigieux à définir.
Si d’autres associations ou communes ou mécènes envisagent de même, ils devront prendre contact avec le Comité Anne de Bretagne 2014 : Voir le site

Notes

(1) Enlumineure est la terminologie officielle, à laquelle l’auteur du présent article préférerait le terme d’Enlumineresse, qui rappelle étonnamment Enchanteresse, vocable qui correspond tant à nos deux artistes.

(2) Elsa Millet Voir le site insiste : « je suis fière de mon baccalauréat technologique agricole (STAE) où j’apprends alors à comprendre le monde naturel qui nous entoure et à le préserver. Ma seconde passion, c’est en effet la nature. Ensuite, je découvre l’Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit d’Angers. Et ce métier devient alors une révélation ».
Elle en sort diplômée d’État en 2008.
L’enluminure primée d’Elsa s’appelle Coeur de Bretagne. Elle représente Anne arrivant à Nantes, seconde étape de son Tro Breizh. Anne est sur sa jument, délicatement caparaçonnée. La calligraphie n’y est pas trop abondante. Les feuilles d’acanthe sont tout en harmonie. Il nous semble les voir s’inscrire dans des formes en cœur cerclées d’or, avec quelques touches fines de bleu et de rouge. On lit, en latin, potium mori quam foedari (plutôt mourir que de se voir déshonoré), devise que Anne a reprise à son compte. Quelques hermines complètent l’oeuvre. Nous notons un anachronisme, les armoiries visibles sur le château n’ont été mises qu’au XIXe siècle, mais chuhuhuhut !!!

(3) Nous aurons le plaisir de revoir Marthe Rougieux Voir le site le 15 mars aux Touches (en 44) animer un atelier d’enluminures lors du Saint-Patrick’s Day [Voir ABP 33042] organisé par les P’tits frères de Bacchus, Loisirs et Culture et Hentoù Breizh (Chemins de Bretagne).
Son enluminure a été réalisée sur du papier chiffon. Le titre de son oeuvre, arrivée est La Bretagne accueille Anne à Ancenis. On y voit une hermine en fourrure d’été (donc brune). La scène se passe en effet en juin. Le texte est une partie du texte gravé sur le Reliquaire ayant conservé son coeur, actuellement au musée Dobrée (pour la vie résumée de Anne de Bretagne[Voir ABP 32517]), reliquaire qui sera bientôt exposé à Blois puis à Nantes ce printemps, et enfin à Châteaubriant tout l’été. Notez bien la subtilité : les mots Duchesse des Bretons sont rubriqués (en rouge) pour montrer la prééminence de ce rôle par rapport à deux fois royne [de France]. Derrière Anne on aperçoit Châtillonne, sa jument, comme si Anne venait de mettre pied à terre. En bas, le porc-épic, symbole de Louis XII.

(4) Michel Thierry, photographe Voir le site . Extrait de sa présentation : Réalise différents reportages sur la Bretagne. Membre du club photo de l’IUT de Vannes Voir le site 
En 2012 Michel participe à la réalisation des cahiers de l’Université de Philosophie Populaire de Bretagne avec Alain Simon et apporte ainsi son soutien à Breizh Impacte Voir le site Voir le sitepour la présentation complète où il termine par : Si vous avez des idées de reportages intéressantes, n’hésitez pas à lui en faire part. Page contact sur le site.
Voir le site ses différents albums. Il a notamment réalisé un reportage sur les artistes à Carhaix le 30 novembre 2012, un sur le café littéraire à Vannes le 9 janvier 2014 autour d’Anne de Bretagne :Voir le site 

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